À l’ONU, la junte nigérienne joue les grands discours… mais la réalité frappe à la porte
Sur la scène internationale, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a de nouveau brandi l’étendard de la souveraineté, promettant une ère nouvelle pour le Niger. Pourtant, une fois les projecteurs éteints, les chiffres des deux piliers industriels du pays, la SOMAÏR et la SONIDEP, racontent une toute autre histoire. Entre effondrement de la production d’uranium et trou financier abyssal dans le secteur pétrolier, le rêve d’une indépendance économique s’évanouit sous le poids d’une gestion hasardeuse. Le tournant est brutal : le nationalisme affiché à New York ne résiste pas à l’épreuve des faits.
La SOMAÏR, ou l’art de transformer un fleuron en coquille vide
L’uranium du Niger, extrait à Arlit, a longtemps servi de fondement aux discours les plus ambitieux de la junte. En reprenant le contrôle de la SOMAÏR et en écartant son partenaire historique, le régime affirmait vouloir redonner à Niamey le fruit de ses ressources. Pourtant, depuis cette « réappropriation », la production a plongé de près de 80 %, plongeant le secteur dans une crise sans précédent.
Les causes de ce déclin sont multiples et révélatrices d’une gouvernance défaillante :
- Une logistique à l’arrêt : Le blocage des frontières et les retards dans l’acheminement des réactifs chimiques essentiels, comme l’acide sulfurique, ont paralysé les opérations minières. Les stocks de yellowcake s’accumulent, invendables faute de certificats d’exportation et de réseaux de distribution fiables.
- Un effondrement social immédiat : Les sous-traitants locaux ne sont plus payés, les emplois disparaissent et les recettes fiscales autrefois destinées à financer hôpitaux, écoles et infrastructures s’évaporent. Le discours souverainiste ne nourrit pas les familles.
- L’amateurisme en lieu et place de l’expertise : Changer le drapeau d’une entreprise ne suffit pas à maîtriser les rouages complexes de l’industrie minière. L’absence de compétences techniques et d’une gestion rigoureuse a transformé un fleuron en poids mort.
Le résultat ? Une chute vertigineuse de la valeur ajoutée du secteur, incapable de tenir ses promesses malgré la rhétorique enflammée.
La SONIDEP, ou comment un monopole pétrolier devient un gouffre financier
Portée par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) comme symbole d’une nouvelle ère économique, la SONIDEP devait incarner la prospérité retrouvée grâce à l’exploitation du pétrole nigérien. Pourtant, les bilans internes et les rapports d’étape révèlent une réalité bien différente : une perte colossale de plus de 25 milliards de francs CFA.
Comment une société détenant le monopole de la distribution de l’or noir, dans un pays en passe de devenir un acteur majeur des exportations pétrolières, en arrive-t-elle à accumuler un tel déficit ? Plusieurs hypothèses émergent :
- Une gestion opaque : L’absence de bilans comptables certifiés et le mutisme du ministère des Pétroles laissent planer un doute sur la transparence des comptes. Les suspicions de contrats douteux, de surfacturations et d’intermédiaires non maîtrisés se multiplient.
- Des recettes qui s’évaporent : Alors que la SOMAÏR coule, la SONIDEP, censée compenser ce manque à gagner, s’enfonce dans le rouge. Les recettes tant attendues pour financer les services publics se transforment en mirage, laissant la population face à des services défaillants.
- Un pipeline qui ne tient pas ses promesses : Le projet pharaonique vers le Bénin, présenté comme une avancée majeure, n’a pas généré les revenus escomptés. Les coûts logistiques et les retards ont transformé ce qui devait être un levier économique en boulet financier.
Entre la SOMAÏR et la SONIDEP, c’est tout un système qui s’effondre : deux piliers de l’économie nigérienne, transformés en symboles d’une souveraineté économique illusoire.
Nationalisme et incompétence : le duo explosif qui ruine le Niger
Face à cette débâcle industrielle, la réaction des autorités est prévisible : le régime de Abdourahamane Tiani pointe du doigt la CEDEAO, les sanctions internationales ou les « anciens régimes ». Pourtant, une question persiste : à quand les comptes rendus promis après le coup d’État de juillet 2023 ?
Les Nigériens méritent des réponses claires :
- Où sont passés les audits annoncés en grande pompe ?
- Comment sont négociés les contrats d’exportation de l’uranium et du pétrole, et qui en profite réellement ?
- Qu’est devenue l’argent généré par les rares recettes disponibles, si les entreprises publiques s’effondrent et que les salaires ne sont plus versés ?
La souveraineté ne se décrète pas. Elle se mesure à l’aune des résultats concrets : des entreprises performantes, des emplois stables, des salaires payés à temps et une transparence totale sur les finances publiques. Or, aujourd’hui, le Niger fait face à un double désastre : une industrie minière en ruine et un secteur pétrolier en faillite, le tout masqué sous un discours patriotique de plus en plus déconnecté de la réalité.
Le vrai visage de la souveraineté : quand les actes remplacent les mots
Les discours enflammés à l’ONU ne remplacent pas les compétences techniques, les audits transparents ou les contrats équitables. Le peuple nigérien n’a pas besoin de rhétorique, mais d’une économie qui fonctionne. Malheureusement, les chiffres de la SOMAÏR et de la SONIDEP rappellent cruellement que le nationalisme économique de la junte n’est qu’un paravent pour masquer des années de mauvaise gestion et d’opportunisme politique.
Le tournant est là : soit le Niger tourne définitivement la page d’une gouvernance hasardeuse pour reconstruire ses industries sur des bases solides, soit il sombre dans le déclin économique, malgré les discours triomphalistes. La balle est désormais dans le camp des dirigeants… et de la population.
