N’djamena accueille un forum mondial crucial pour l’avenir de l’eau en afrique

La capitale tchadienne, N’Djamena, s’apprête à devenir le cœur battant des débats sur l’eau en Afrique avec l’organisation du Forum africain de l’eau. Ce sommet d’envergure, co-organisé par les autorités tchadiennes et le Groupe de la Banque mondiale dans le cadre du programme Water Forward, se tiendra sous le thème « Transformer les idées en actions concrètes ». Pendant deux jours, des dirigeants politiques, des ministres clés (Finances, Eau, Agriculture, Énergie) et des représentants d’institutions régionales et internationales se réuniront pour aborder les défis majeurs de la sécurité hydrique, de l’adaptation climatique et de l’accès universel à l’eau potable.

Parmi les figures de proue de cet événement, Anna Bjerde, directrice générale des Opérations de la Banque mondiale, partagera la présidence des travaux avec le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno. L’objectif ? Valider la feuille de route d’investissement WASH+, accélérer les pactes nationaux de gestion de l’eau et mobiliser des fonds publics, privés et hybrides pour dynamiser les projets hydrauliques à travers le continent.

une urgence hydrique qui touche des millions de personnes

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 400 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une eau potable de base, tandis que 700 millions sont privés d’assainissements dignes de ce nom. Sans une mobilisation immédiate, la raréfaction de cette ressource vitale pourrait réduire le PIB de certains pays africains de 6 %, voire davantage dans les nations du Sahel. À l’inverse, une gestion optimisée de l’eau représente une opportunité majeure pour booster l’agriculture, sécuriser l’approvisionnement énergétique, protéger la santé publique et renforcer la stabilité régionale.

le Tchad, terrain d’expérimentation d’une politique audacieuse

Le Tchad, qui accueille ce forum, vit une situation hydrique particulièrement tendue. En juin dernier, la Banque mondiale a débloqué un financement de 160 millions de dollars (soit plus de 92 milliards de FCFA) pour améliorer l’accès à l’eau potable et renforcer la résilience climatique dans les zones les plus exposées, notamment celles abritant plus de 1,3 million de réfugiés en provenance du Soudan. « Face à l’intensification des pressions sur les ressources naturelles et à l’aggravation des tensions communautaires, ce projet vise à rétablir un accès équitable à l’eau et à redonner espoir aux populations », a expliqué Farouk Mollah Banna, représentant résident de la Banque mondiale au Tchad.

un élan continental pour une gestion intégrée de l’eau

Ce forum s’inscrit dans une dynamique plus large de levée de fonds internationaux. En novembre 2025, le gouvernement tchadien avait présenté à Abou Dhabi son plan national pour le développement du secteur de l’eau, suscitant des engagements financiers dépassant les 20 milliards de dollars. Depuis, les autorités tchadiennes multiplient les négociations avec des partenaires clés tels que la Banque mondiale, l’Agence française de développement (AFD), l’Union européenne et le Programme alimentaire mondial (PAM) pour concrétiser des infrastructures hydrauliques et renforcer la résilience du pays face aux défis climatiques.

vers une stratégie africaine unifiée pour l’eau

Au-delà du cas tchadien, ce sommet ambitionne de marquer une étape décisive dans la mise en œuvre de l’initiative Water Forward, lancée par la Banque mondiale en avril 2026. L’enjeu ? Renforcer la sécurité hydrique en Afrique grâce à une meilleure coordination entre les États, les acteurs techniques et financiers, et le secteur privé. L’ambition ne se limite plus à l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, mais s’étend à l’irrigation, à la production énergétique, à la sécurité alimentaire et à la gestion des bassins transfrontaliers. Un impératif alors que près de 90 % des ressources en eau du continent sont partagées entre plusieurs pays.