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Mali : le bilan sécuritaire d’Africa Corps en question

Publié le 13 mai 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Après le retrait des forces françaises de l’opération Barkhane et la conclusion de la mission des Nations unies (MINUSMA), le Mali a initié un virage stratégique majeur en se tournant vers Moscou. Ce partenariat se matérialise aujourd’hui par la présence d’Africa Corps, une entité directement affiliée au ministère russe de la Défense. Cependant, plusieurs années après son déploiement, l’évaluation de la situation sécuritaire suscite des interrogations : l’efficacité de ce modèle qualifié de « mercenariat » face à une crise multidimensionnelle apparaît de plus en plus illusoire.

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Les limites de l’approche sécuritaire d’Africa Corps

L’objectif initialement affirmé par les autorités de transition maliennes était clair : reprendre l’ascendant sur les groupes terroristes, notamment le JNIM et l’EIGS. Si Africa Corps a incontestablement permis une démonstration de force hautement symbolique, marquée par la prise de Kidal fin 2023, les résultats globaux sur le terrain demeurent fragiles.

L’enlisement de la situation est palpable. Les attaques terroristes ne montrent aucun signe de fléchissement et, fait encore plus préoccupant, elles se rapprochent désormais de la capitale, Bamako. Le mythe de l’invincibilité des « instructeurs » russes a été sérieusement ébranlé lors de la débâcle de Tinzawatène en juillet 2024. Pris dans une embuscade tendue par les rebelles du CSP et des groupes djihadistes près de la frontière algérienne, les paramilitaires russes y ont subi l’une de leurs pertes les plus importantes de leur histoire.

L’incapacité à maintenir le contrôle des territoires est flagrante. Bien qu’Africa Corps excelle dans les opérations « coup de poing », elle peine à sécuriser durablement les zones reconquises. Une fois les convois partis, les populations civiles se retrouvent souvent livrées à elles-mêmes, vulnérables aux représailles sanglantes des groupes armés.

Opacité et impunité : le statut ambigu d’Africa Corps

Le principal écueil lié à Africa Corps réside dans son statut hybride. Contrairement à une armée conventionnelle, ce groupe évolue dans une opacité juridique totale, engendrant deux problèmes majeurs :

  • L’impunité face aux exactions : De nombreuses organisations non gouvernementales dénoncent des violences à l’encontre des civils lors d’opérations de ratissage. N’étant pas une entité étatique officielle soumise au droit international, Africa Corps échappe à toute obligation de redevabilité. Pour les victimes, l’obtention de réparations constitue une impasse juridique.
  • Sécurité contre ressources : Le modèle économique du groupe soulève des questions quant à ses véritables priorités. Souvent déployés autour des sites miniers (or, lithium), les hommes d’Africa Corps semblent davantage préoccupés par la sécurisation des actifs extractifs que par celle des axes de communication ou des villages isolés. La sécurité est ainsi devenue un produit d’échange plutôt qu’un service public fondamental.

« La sécurité d’un État ne peut être durablement sous-traitée à des acteurs dont la logique est avant tout pécuniaire et géopolitique. »

Les défis pour la souveraineté malienne

Cette alliance place l’État malien dans une posture délicate. En rompant avec ses anciens partenaires sans obtenir de résultats décisifs, Bamako s’enferme dans une dépendance accrue envers Moscou, qui influence désormais une partie de l’agenda sécuritaire national.

Cette présence tend également les relations avec la CEDEAO et les pays limitrophes, compliquant une coopération transfrontalière pourtant essentielle pour endiguer le péril sahélien. Enfin, le risque de fragilisation de l’armée nationale (FAMA) est avéré : les forces locales craignent d’être reléguées au second plan ou utilisées comme « chair à canon » lors d’opérations dirigées par des commandants dont les intérêts ne s’alignent pas nécessairement avec les impératifs de paix locale.

L’échec de la gestion de crise actuelle met en lumière une réalité amère : en l’absence de solutions politiques de fond et d’une véritable redevabilité envers les citoyens, toute intervention étrangère — qu’elle provienne d’Occident ou de Russie — se heurte systématiquement à la même réalité. Le conflit malien puise ses racines dans les défaillances de la gouvernance ; un mal que les mercenaires, aussi lourdement armés soient-ils, ne sauraient guérir.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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