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Togo : quand les mégaprojets masquent l’absence de gouvernance solide

Publié le 3 juillet 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Lomé et Adétikopé : un projet pharaonique au parfum de désillusion

Avec l’annonce d’un financement de 200 millions de dollars accordé par la Banque mondiale, le gouvernement togolais mise gros sur la liaison entre le port de Lomé et la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA). L’ambition affichée est claire : désengorger la capitale et s’imposer comme un acteur clé dans la sous-région. Pourtant, derrière ce projet d’envergure se profile une réalité bien moins reluisante, où les promesses de modernité pourraient bien cacher des failles structurelles majeures.

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L’objectif affiché ? Créer un corridor multimodal alliant rail et route pour dynamiser l’économie nationale. Mais dans les faits, le tronçon ferroviaire prévu ne dépasse pas 30 kilomètres, une distance qui soulève des questions sur sa rentabilité. En effet, les ruptures de charge nécessaires pourraient alourdir les coûts et rallonger les délais, rendant ce mode de transport moins compétitif que le transport routier classique. Malgré la validation du projet par les institutions financières internationales, sa viabilité économique reste plus que jamais incertaine.

Des ambitions nourries par des faiblesses institutionnelles

Le succès d’un projet d’une telle envergure repose avant tout sur la qualité des ressources humaines et managériales mobilisées. Or, au Togo, l’administration publique peine à se départir de pratiques peu transparentes. Les postes clés sont souvent attribués sur des critères d’affinité politique ou de clientélisme, plutôt que sur des compétences avérées. Cette logique compromet gravement la capacité du pays à gérer des investissements complexes.

Le manque de cadres qualifiés et expérimentés aggrave encore la situation. Beaucoup de responsables publics, parfois sous-diplômés, peinent à répondre aux exigences strictes des bailleurs de fonds internationaux. Résultat : les fonds alloués risquent d’être détournés vers des intermédiaires douteux, des surfacturations ou des circuits de corruption, au détriment de la qualité des infrastructures livrées. Sans une réforme en profondeur de l’appareil administratif, ces projets risquent de devenir de véritables éléphants blancs.

Une dette qui pèse sur les générations futures

Les 200 millions de dollars empruntés ne sont pas une manne financière anodine. Ils s’ajoutent à la dette souveraine du Togo, que les citoyens devront rembourser. Si le projet ferroviaire ne tient pas ses promesses, le pays se retrouvera face à un double problème : des infrastructures inutilisables, faute d’entretien ou d’adhésion des acteurs économiques, et une dette colossale. Une équation qui pourrait plonger l’économie togolaise dans une spirale d’endettement sans issue.

Réformer l’administration avant de construire

Ce projet illustre une stratégie désormais bien rodée au Togo : utiliser des mégaprojets pour se forger une image moderne et réformiste aux yeux des partenaires internationaux. Mais sans une gouvernance solide et transparente, ces investissements ne seront que des mirages. Le vrai défi n’est pas de poser des rails, mais de former des équipes compétentes, capables de gérer ces infrastructures sur le long terme. Tant que l’administration togolaise ne sera pas réformée en profondeur, les risques de gaspillage et d’échec resteront bien réels.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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