Mali : la justice cible un journaliste indépendant sous couvert de cybercriminalité

Le directeur de publication du journal Le 22 Septembre, Chahana Takiou, a été convoqué ce 8 juin 2026 par le procureur du pôle de lutte contre la cybercriminalité de Bamako. Cette audience, fixée à 13 heures, s’inscrit dans un contexte de tensions accrues entre le pouvoir militaire et les acteurs médiatiques critiques. Ses dernières déclarations publiques, où il analysait sans complaisance la gestion de la transition, seraient à l’origine de cette convocation.

Un climat judiciaire sous pression pour les médias

Le pôle de cybercriminalité de Bamako, initialement conçu pour lutter contre les dérives en ligne, est désormais utilisé comme un outil de répression contre les voix dissidentes. Pour Chahana Takiou, cette convocation représente un nouveau front dans une guerre plus large contre la liberté de la presse. Les journalistes malien·ne·s, déjà confronté·e·s à l’autocensure et aux pressions administratives, voient leur métier transformé en une activité à haut risque.

Des méthodes répressives qui s’étendent

La junte au pouvoir exige une adhésion totale à sa ligne officielle. Les médias qui s’écartent de ce narratif, ou qui osent questionner les choix politiques, sécuritaires ou économiques de la transition, sont systématiquement sanctionnés. Suspensions arbitraires, mises en demeure par la Haute Autorité de la Communication (HAC), et harcèlements financiers sont devenus des pratiques courantes. Cette stratégie vise à étouffer toute velléité de critique dans l’espace public.

Disparitions forcées et intimidations : l’escalade de la terreur

L’affaire Chahana Takiou n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une politique plus large de répression, où tout·e citoyen·ne exprimant un avis divergent devient une cible potentielle. Au-delà des convocations judiciaires, les enlèvements et disparitions se multiplient. Des individus sont interpellés par des groupes non identifiés, souvent liés aux services de renseignement, avant de disparaître pendant des semaines. Cette tactique a pour but d’instaurer un climat de peur généralisé et d’éteindre toute velléité de contestation.

Les professionnels des médias malien·ne·s, bien que souvent isolé·e·s, continuent de résister. Des appels à la solidarité ont été lancés par les syndicats de journalistes, rappelant que la critique constructive est indispensable à la santé démocratique d’un pays en crise. Pourtant, face à un appareil d’État militarisé, ces initiatives peinent à trouver un écho.

Un Mali en voie d’isolement

La convocation de Chahana Takiou marque un tournant dans la dérive autoritaire du régime. En ciblant un journaliste aussi respecté, les autorités envoient un message sans équivoque : plus aucune voix indépendante ne sera tolérée. Cette quête d’unanimisme imposée par la force, la prison et l’intimidation, isole davantage le pays et fragilise sa cohésion nationale.

Alors que le Mali fait face à des défis sécuritaires et humanitaires sans précédent, museler ceux et celles qui cherchent la vérité ne fera qu’aggraver les crises. L’avenir du journalisme indépendant et des libertés fondamentales se joue désormais dans les couloirs des tribunaux de Bamako. Une chose est sûre : la vérité ne disparaîtra pas, même sous la pression.