Mali : exactions de l’armée et du groupe Wagner contre les peuls

Mali : l’armée et le groupe Wagner accusés d’exactions massives contre les Peuls

Depuis janvier 2025, l’armée malienne et ses alliés du groupe Wagner, soutenu par la Russie, sont accusés d’avoir commis des exactions graves à l’encontre de civils peuls. Ces actes incluent des exécutions sommaires et des disparitions forcées, selon des enquêtes menées par des organisations de défense des droits humains.

Des violences ciblées contre la communauté peule

  • L’armée malienne et les combattants de Wagner ont accusé les Peuls de collaborer avec des groupes armés islamistes, notamment le GSIM (lié à Al-Qaïda), qui opère dans plusieurs régions du Mali.
  • Depuis le début de l’année, au moins 12 exécutions sommaires et 81 disparitions forcées d’hommes peuls ont été recensées.
  • Les opérations conjointes de l’armée malienne et du groupe Wagner visent à lutter contre l’insurrection islamiste, mais elles ont entraîné des violences aveugles contre les civils.

Témoignages accablants : meurtres et disparitions

Des enquêtes ont révélé des cas précis de violations des droits humains dans plusieurs régions du Mali :

Région de Kayes : Sebabougou, avril 2025

En avril, des soldats maliens et des combattants de Wagner ont arrêté plus de 100 hommes peuls dans le village de Sebabougou. Selon des sources onusiennes, au moins 65 éleveurs et marchands de bétail ont été exécutés sommairement après avoir été rassemblés et conduits vers un camp militaire.

Des proches des victimes ont retrouvé des corps décomposés près du camp de Kwala, confirmant les exécutions massives. Parmi les disparus, 25 personnes ont été transférées à la prison centrale de Bamako avant d’être libérées sans inculpation en juillet.

Région de Ségou : Belidanédji, mars 2025

Le 30 mars, des soldats maliens et des combattants de Wagner ont exécuté six civils peuls alors qu’ils tentaient de fuir une attaque. Un témoin a décrit :

« Ils ont tiré dans la poitrine de mon ami devant moi. Lorsque les soldats sont partis, nous avons récupéré cinq corps et évacué un homme blessé, mais il est décédé plus tard à l’hôpital. »

D’autres exécutions sommaires ont été signalées dans la région, avec des corps retrouvés les yeux bandés et les mains liées.

Région de Tombouctou : Farana, mars 2025

Quatre hommes peuls ont été arrêtés, torturés et probablement exécutés près d’une rivière. Un témoin a rapporté avoir trouvé une mare de sang et des restes humains, dont des morceaux de cerveau collés sur une barre de fer.

Responsabilités et appels à l’action

L’Union africaine est appelée à renforcer ses efforts pour protéger les civils au Mali. Une mission de maintien de la paix de l’ONU a quitté le pays en 2023, laissant un vide dans la surveillance des abus. Le Mali, signataire du Statut de Rome, est sous le coup d’une enquête de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre.

Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior à Human Rights Watch, a déclaré :

« La junte militaire malienne est responsable des exactions commises par l’armée et le groupe Wagner. Elle doit mettre fin à ces abus, révéler où se trouvent les détenus et traduire les responsables en justice. »

Contexte : un conflit aux multiples acteurs

Depuis 2012, le Mali est en proie à un conflit opposant les forces gouvernementales à des groupes armés islamistes, dont le GSIM et l’État islamique. La junte militaire, arrivée au pouvoir en 2021, s’appuie sur le groupe Wagner pour mener des opérations de contre-insurrection. Bien que les autorités maliennes n’aient jamais reconnu officiellement la présence de Wagner, des rapports et des médias ont confirmé leur implication dans des violations des droits humains.

En juin 2023, le groupe Wagner a annoncé son retrait du Mali, mais des sources diplomatiques et sécuritaires indiquent que ses combattants seraient remplacés par l’Africa Corps, une nouvelle force paramilitaire russe.

Violations du droit international

Les exactions commises par l’armée malienne et le groupe Wagner violent plusieurs textes internationaux :

  • Conventions de Genève : interdiction des meurtres, traitements cruels et tortures.
  • Convention contre les disparitions forcées : les détentions au secret constituent des disparitions forcées.
  • Statut de Rome : la Cour pénale internationale peut poursuivre les responsables de crimes de guerre.

Les autorités maliennes et russes pourraient être tenues pour responsables des crimes commis par leurs soldats et combattants.

Conclusion : une urgence humanitaire

Les violences contre les civils peuls au Mali constituent une crise humanitaire majeure. L’absence de mécanismes de protection efficaces et le retrait des missions de paix de l’ONU aggravent la situation. Les organisations de défense des droits humains appellent à une intervention urgente de l’Union africaine et de la communauté internationale pour mettre fin à ces exactions et garantir la justice pour les victimes.