Mali et Algérie : un dégel diplomatique sous haute tension

Mali et Algérie : un dégel diplomatique sous haute tension

Le président de transition du Mali, le général Assimi Goïta, lors du deuxième sommet de l'Alliance des États du Sahel à Bamako, le 23 décembre 2025.

Le rétablissement des relations diplomatiques entre le Mali et l’Algérie, annoncé il y a quelques jours, marque un tournant inattendu après plus d’un an de rupture. Cette réconciliation, survenue contre toute attente, interroge sur les raisons profondes de ce revirement et sur ses conséquences pour la stabilité régionale. Quels sont les acteurs qui ont joué un rôle clé dans ce rapprochement ? La stratégie malienne face aux groupes armés pourrait-elle évoluer avec l’implication d’Alger, qui privilégie le dialogue ?

un dégel diplomatique aussi surprenant que nécessaire

La décision de Bamako et d’Alger de rétablir leurs ambassadeurs et de rouvrir leurs espaces aériens mutuels a pris de court la plupart des observateurs. Pendant des mois, les tensions entre les deux pays étaient montées d’un cran, le Mali accusant ouvertement l’Algérie de complicité avec les groupes terroristes actifs à leur frontière commune. Ces groupes incluent notamment le Jnim, lié à al-Qaïda, et le Front de libération de l’Azawad (FLA), un mouvement indépendantiste.

Michaël Béchir Ayari, analyste principal sur l’Algérie au sein de l’International Crisis Group, évoque une médiation discrète mais déterminante du Niger, qui a lui-même renoué avec l’Algérie en début d’année. Selon lui, le Niger aurait agi comme un facilitateur pour briser la glace entre Bamako et Alger. « Il y a beaucoup de suppositions, mais nos sources confirment une implication claire du Niger depuis avril 2025 », précise-t-il.

la main invisible de Moscou ?

Les rumeurs évoquant un rôle de la Russie dans ce dégel restent floues. Bien qu’aucune preuve directe ne soit avancée, des discussions entre Alger et Moscou pourraient avoir eu lieu en coulisses. Les autorités maliennes de transition, au pouvoir depuis près de six ans, ont toujours privilégié une réponse militaire aux défis sécuritaires, refusant tout dialogue avec les groupes armés, qu’ils soient djihadistes ou indépendantistes. Cette position intransigeante pourrait-elle évoluer avec ce rapprochement ?

Michaël Ayari estime que le primat du politique sur le militaire doit être une clause essentielle de l’accord. « Forcément, il y a eu un deal quelque part. Le retour à l’accord d’Alger de 2015 me semble peu probable, mais une initiative politique pourrait émerger, notamment avec le FLA », analyse-t-il. Une telle évolution serait d’autant plus cruciale que l’État malien se délite sous la pression des groupes armés, et que l’Algérie, comme d’autres acteurs régionaux, a tout intérêt à éviter l’effondrement du Mali.

des défis majeurs à surmonter

Plusieurs obstacles pourraient compromettre ce processus de réconciliation. D’abord, la méfiance persistante entre les deux pays : en avril 2025, Bamako avait accusé Alger d’avoir abattu un drone sur son territoire, une accusation rejetée par l’Algérie. Ensuite, la présence en Algérie de figures maliennes controversées, comme l’imam Dicko, opposé au régime de transition, pourrait devenir un sujet de tension. « S’il y a bien un accord, il devra inclure une discrétion accrue de l’imam Dicko. Une extradition est exclue, mais son activisme pourrait compliquer les relations », souligne l’analyste.

Par ailleurs, la reconnaissance par le Mali du plan marocain pour le Sahara occidental a été mal perçue par Alger, qui y voit une concession en faveur de Rabat. « Cela a été très mal reçu, mais les Algériens ne réagiront pas de manière excessive », tempère-t-il.

un avenir incertain, mais des signes encourageants

Si ce dégel est réel, il reste fragile. Les prochaines étapes seront cruciales : un renforcement de la coopération sécuritaire, un échange accru de renseignements et une implication d’Alger dans les discussions avec le FLA. Cependant, de nombreux facteurs pourraient faire dérailler le processus, comme des attaques imprévues du Jnim, des divisions au sein du régime malien ou une opposition publique à Bamako.

Michaël Ayari conclut sur une note prudente mais optimiste : « Les choses sont à faire, et il faut attendre les prochaines étapes. Si le deal a été conclu, la première preuve tangible sera une amélioration de la coopération sécuritaire entre le Mali et l’Algérie. »