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Stratégie politique : quand la Russie et l’AES transforment la critique en complot

Publié le 15 juillet 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Depuis quelques années, une tendance récurrente s’impose dans le paysage politique du Sahel et au-delà : la Russie ainsi que les gouvernements membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont fait de l’accusation systématique un pilier central de leur communication institutionnelle. Que les cibles soient les puissances occidentales, les médias internationaux, les organisations sous-régionales ou encore leurs opposants internes, les attaques verbales se succèdent avec une régularité frappante. Pourtant, une contradiction majeure persiste : dès lors que ces mêmes acteurs deviennent l’objet de reproches, ils abandonnent promptement leur posture d’accusateurs pour endosser celle de victimes.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Une rhétorique duale aux effets politiques calculés

Cette méthode communicationnelle s’est généralisée à tel point qu’elle en devient presque une norme. Dès qu’une décision gouvernementale est remise en cause, la réponse oscille invariablement entre déni catégorique et victimisation. Les dirigeants évoquent alors une campagne de désinformation, une ingérence étrangère ou un complot ourdi par des forces extérieures, sans jamais aborder les fondements mêmes de la critique. Toute contestation est ainsi présentée comme une manœuvre délibérée visant à saper la souveraineté des États ou à entraver leur prétendu élan vers l’autonomie politique et économique.

Cette approche présente un avantage stratégique indéniable pour les gouvernants. En se posant en victimes de forces hostiles, ils évitent habilement d’affronter les enjeux structurels qui minent leur légitimité. Les tensions sociales, les dérives autoritaires, les difficultés économiques ou encore l’insécurité persistante sont ainsi relégués au second plan. Le discours public se recentre alors sur un récit émotionnel, plus apte à mobiliser les soutiens qu’à proposer des solutions tangibles aux problèmes concrets que rencontrent les populations.

L’AES et la Russie : deux acteurs, une même méthode

Au sein de l’AES, cette stratégie est particulièrement visible. Les autorités attribuent systématiquement leurs échecs aux sanctions internationales, aux anciennes puissances coloniales ou à des acteurs étrangers. Pourtant, lorsque des citoyens, des journalistes ou des associations de défense des droits humains dénoncent des dérives internes — qu’elles soient politiques, sécuritaires ou économiques —, ces critiques sont presque toujours rejetées en bloc. Elles sont systématiquement assimilées à une opération de déstabilisation orchestrée depuis l’étranger, sans que leur contenu ne soit jamais examiné de manière approfondie.

La Russie, quant à elle, applique une logique similaire sur la scène internationale. Face aux reproches concernant sa politique étrangère agressive, ses interventions militaires controversées ou ses atteintes récurrentes aux droits fondamentaux, le Kremlin répond invariablement par une rhétorique victimaire. Selon cette narration officielle, le pays serait la cible d’une hostilité permanente et injustifiée de l’Occident. Cette stratégie permet non seulement de détourner l’attention des questions soulevées, mais aussi de transformer toute contestation en preuve supplémentaire d’un prétendu acharnement dirigé contre Moscou.

Les limites d’un discours fondé sur la victimisation

À long terme, une telle approche comporte des risques majeurs pour la crédibilité des institutions. Une gouvernance digne de ce nom se caractérise par sa capacité à intégrer la contradiction, à répondre aux critiques par des arguments tangibles et à rendre des comptes à ses citoyens. Or, en systématisant la réponse par l’accusation, les dirigeants risquent de saper le débat démocratique et d’alimenter un climat de défiance généralisée envers les institutions.

Accuser autrui est une manœuvre politique aisée. En revanche, assumer ses propres responsabilités exige une maturité institutionnelle bien plus grande. En privilégiant le discours victimaires, la Russie et certains dirigeants de l’AES donnent parfois l’impression de chercher avant tout à esquiver les débats de fond. Pourtant, une critique, même virulente, ne constitue pas systématiquement une conspiration. Dans toute société, elle peut aussi représenter une opportunité de progrès : une chance d’améliorer les politiques publiques, de corriger les erreurs passées et de renforcer la confiance entre gouvernants et gouvernés.

La souveraineté d’un État ne se mesure pas uniquement à sa capacité à dénoncer des ennemis — réels ou imaginaires. Elle se construit avant tout par la transparence, la responsabilité et l’acceptation du débat contradictoire. Sans ces fondements, le récit de la victimisation permanente finit par perdre toute crédibilité. Il apparaît alors davantage comme un outil de communication politique que comme une réponse sérieuse aux défis multidimensionnels auxquels ces États sont confrontés.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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