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Lomé au centre des négociations sur la crise à l’est de la Rdc

Publié le 9 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Les 7 et 8 juin 2026, Lomé a accueilli une réunion stratégique dédiée à la crise qui secoue l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Autour de la table, les délégués des principales instances régionales de médiation : la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), auxquels se sont ajoutés des émissaires de l’Union africaine (UA) et de l’Organisation des Nations unies (ONU). L’objectif affiché : examiner la cohérence des pistes diplomatiques et évaluer l’écart qui persiste entre les belligérants pour parvenir à une solution durable.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Lomé, hub d’une médiation fragmentée

Le choix du Togo comme point de ralliement n’est pas anodin. Faure Gnassingbé, nommé facilitateur de l’UA pour le dossier congolais, s’efforce depuis plusieurs mois de fédérer des initiatives parallèles qui se sont multipliées sans réellement converger. Le processus de Nairobi, piloté par l’EAC, et celui de Luanda, sous l’égide de l’UA et longtemps porté par l’Angolais João Lourenço, ont progressé de manière séparée. La fusion progressive de ces voies, amorcée en 2024, n’a pas encore donné les résultats escomptés sur le terrain.

Les diplomates présents à Lomé ont reconnu que la coordination demeure le point faible des efforts de paix. Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de rationaliser les canaux de dialogue pour éviter que les protagonistes n’exploitent les divisions entre médiations. Cette fragmentation a longtemps profité aux acteurs armés, en particulier le Mouvement du 23 mars (M23), dont les avancées militaires au Nord-Kivu et au Sud-Kivu ont redessiné la carte sécuritaire régionale.

Des discussions sous pression entre Kinshasa, Kigali et le M23

Les progrès diplomatiques évoqués lors de la réunion togolaise restent modestes au regard des attentes. Les pourparlers directs entre Kinshasa et le M23, longtemps refusés par les autorités congolaises, ont finalement débuté sous la pression combinée des médiateurs régionaux et des partenaires internationaux. Parallèlement, le volet bilatéral entre la RDC et le Rwanda, accusé par l’ONU et plusieurs chancelleries occidentales de soutenir la rébellion, demeure le nœud politique le plus délicat à dénouer.

Les médiateurs ont rappelé que la mise en œuvre des engagements antérieurs, notamment le retrait des forces étrangères du territoire congolais et le cantonnement des groupes armés, accuse un retard préoccupant. Le déploiement de la mission de la SADC en RDC (SAMIDRC), confrontée à de lourdes pertes humaines début 2025, a illustré les limites des réponses militaires régionales face à un conflit dont les ressorts économiques, fonciers et identitaires débordent largement le cadre sécuritaire.

L’économie de guerre, un frein à la paix

Au-delà de la dimension politique, les participants ont souligné l’urgence de s’attaquer aux réseaux d’exploitation illicite des minerais du Kivu. Coltan, étain, or et tungstène alimentent une économie de guerre dont les ramifications s’étendent jusqu’aux chaînes d’approvisionnement mondiales. Plusieurs médiateurs plaident pour un mécanisme régional de traçabilité, condition jugée indispensable à toute désescalade durable.

La réunion de Lomé n’a pas débouché sur des annonces spectaculaires, mais elle a permis de réaffirmer le principe d’une approche intégrée. Les prochaines étapes devraient associer plus étroitement les acteurs civils congolais, longtemps tenus à l’écart de processus dominés par les chefs d’État et les chancelleries. La société civile du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi que les autorités coutumières, sont désormais identifiées comme des relais incontournables pour ancrer un éventuel accord dans la réalité des territoires meurtris.

Reste que les médiateurs ont quitté la capitale togolaise sans calendrier ferme pour la signature d’un accord global. Les semaines à venir diront si l’élan diplomatique amorcé à Lomé suffira à infléchir la trajectoire d’un conflit qui, depuis plus de trois décennies, défie toutes les architectures de paix bâties autour des Grands Lacs.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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