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Issa Tchiroma Bakary dénonce une dilapidation colossale des richesses du Cameroun

Publié le 9 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Issa Tchiroma Bakary met en lumière des pratiques de détournement de fonds à grande échelle au Cameroun, ciblant l’or, le pétrole et le bois, ainsi que des marchés publics frauduleux, la fraude fiscale et douanière. Il pointe également un enrichissement illicite du cercle proche du président Paul Biya, étayant ses affirmations par des chiffres accablants révélés récemment.

 

Écoutez cet articleEnviron 7 min

« Chers compatriotes, Mesdames et Messieurs, la révélation de 2 000 milliards de francs de détournements liés à l’or a profondément interpellé ma conscience. Cela m’a conduit à charger mes équipes, au Cameroun et à l’étranger, d’établir un bilan précis de la situation des finances publiques. Le constat est un mélange de colère, de douleur, de stupéfaction et de révolte. Il est indéniable qu’en 43 ans, le Cameroun a basculé d’une prospérité relative vers une pauvreté et une misère généralisées pour le peuple camerounais. »

Permettez-moi de détailler ces faits. Le premier axe de cette prédation concerne les ressources naturelles, à commencer par le pétrole. La Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) a géré les recettes pétrolières durant quatre décennies en dehors de tout cadre budgétaire, de tout contrôle parlementaire et de toute transparence. Le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale et l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) ont à maintes reprises signalé des flux financiers considérables sortant du pays sans jamais apparaître dans les comptes officiels. Entre le pétrole bradé à Glencore à moins de 30% de sa valeur, les cargaisons mystérieusement disparues et les revenus non comptabilisés de la SNH, ce sont des milliers de milliards de FCFA qui se sont évaporés. Les forêts camerounaises ont subi un sort similaire, avec 80% du bois vendu illégalement. Nos terres ont été pillées au grand jour, souvent avec la complicité des autorités étatiques. Mesdames et Messieurs, entre l’or, le pétrole et le bois, le Cameroun a vu s’envoler plus de 10 000 milliards de francs CFA.

Le deuxième volet de ce scandale s’articule autour des détournements directs liés à des marchés frauduleux. Les lignes budgétaires 65 et 94, couvrant les années 2012 à 2021, ont tout simplement été effacées. Ces deux lignes représentent à elles seules 5 400 milliards de dépenses sans aucune justification. Le Tribunal Criminel Spécial (TCS), mis en place par le président Biya lui-même, a déjà jugé et condamné certains de ses propres collaborateurs pour près de 9 000 milliards de détournements cumulés entre 1997 et 2021. Que dire des agents fictifs ? Selon les chiffres du Ministère des Finances et du Trésor public, plus de 20 000 fonctionnaires fantômes ont perçu des salaires pendant des années. Depuis des décennies, le préjudice annuel avoisine les 200 milliards de francs CFA. Nul n’a oublié les grands scandales comme l’autoroute Yaoundé-Douala, la CAN 2021, ou encore les vaccins contre la COVID, dont les surfacturations massives et documentées dépassent les 500 milliards de francs CFA.

Le troisième aspect concerne la fraude fiscale et douanière. L’Agence Nationale d’Investigation Financière (ANIF) et la Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC) ont toutes deux mis en évidence l’existence de mécanismes de fraude systémiques. Leurs chiffres officiels sont édifiants : 1 665 milliards de francs CFA de flux suspects pour la seule année 2023 ; 1 246 milliards de francs CFA de fraude douanière documentée sur six ans ; et 1 745 milliards de francs CFA de fraude liée au scanning au port de Douala, imputée à la société SGS. Ces chiffres éclairent le spectacle désolant auquel se sont livrés SGS et Transatlantic au port de Douala depuis 2026, où deux factions du régime se disputent le contrôle d’une même fraude institutionnalisée.

Le quatrième et dernier volet révèle l’enrichissement personnel du clan au pouvoir. Il est établi que la famille du président Biya a détourné de manière industrielle la fortune publique pour acquérir des biens personnels au Cameroun, en France et au Moyen-Orient. Une enquête menée aux Pays-Bas a identifié 744 millions d’Euros de biens mal acquis en France. À cela s’ajoute le domaine de Nyom, appartenant au Secrétaire Général de la Présidence de la République (SGPR), évalué à 18 milliards de francs CFA, des propriétés à Dubaï estimées à 44 milliards de francs CFA, et des séjours à l’Hôtel Continental de Genève coûtant 50 000 dollars la nuit pour l’ensemble de la délégation. Sans exception, M. Biya, son épouse, son fils, le SGPR, le Directeur du Cabinet Civil (DCC), le Directeur Adjoint du Cabinet Civil (DCCA), le Ministre de l’Administration Territoriale (MINAT) et bien d’autres, ont accumulé des fortunes personnelles considérables sans jamais se conformer à l’obligation de déclaration de patrimoine, pourtant stipulée à l’article 66 de la Constitution.

Mes chers compatriotes, le montant total de cette prédation est révoltant. Le scénario le plus conservateur s’élève à 26 000 milliards de francs CFA. Ce chiffre représente une estimation basse, car ce régime a perfectionné l’art de la dissimulation à travers des prête-noms et des paradis fiscaux. Par une extrapolation raisonnée, nos experts estiment que le montant réel pourrait atteindre 80 000 milliards de francs CFA. Pour illustrer l’ampleur de ce pillage, avec ces 26 000 milliards de francs CFA, le Cameroun aurait pu couvrir 36 années de salaires pour l’ensemble de ses 380 000 enseignants, soignants et soldats réunis, ou construire 2 600 hôpitaux de district, soit 260 par région.

Mes chers compatriotes, il ne saurait y avoir ni amnistie, ni négociation secrète où l’impunité serait échangée contre une transition silencieuse. Mesdames et Messieurs, tout haut fonctionnaire coupable de malversation rendra des comptes pour ses actes devant les juridictions compétentes, tant au niveau national qu’international.

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Par Zara Hassane — Grand reporter

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