Le transfert explosif de nicolas anelka du psg à arsenal en 1997
En février 1997, l’annonce du départ de nicolas anelka du psg vers arsenal fait l’effet d’une bombe dans le monde du football. À seulement 17 ans, le jeune attaquant français, formé à clairefontaine, s’apprête à franchir la manche pour rejoindre les gunners. Cette transaction, qui s’apparente à un feuilleton juridique, marque un tournant dans l’histoire des transferts et soulève des questions sur la gestion des jeunes talents en europe.
« Il n’y a ni gagnant, ni perdant. » C’est par ces mots que michel denisot, alors président délégué du psg, tente de minimiser l’impact de ce transfert en fevrier 1997. Pourtant, derrière cette déclaration officielle, la réalité est tout autre. Le club parisien encaisse près de 5 millions de francs (soit 1,19 million d’euros actuels) dans l’opération. Mais pour nicolas anelka, le bilan est sans appel : son salaire passe de 3 800 francs hors primes (901 euros) à 500 000 francs (119 000 euros) par mois après son départ pour l’angleterre. Une aubaine pour le jeune prodige, qui devient ainsi le grand gagnant d’un bras de fer entamé cinq semaines plus tôt.
un conflit ouvert entre le joueur et son club formateur
Les tensions entre anelka et le psg remontent à l’automne 1996. Le club lui propose un contrat professionnel, mais le joueur, frustré par son manque de temps de jeu, refuse. Avec seulement 8 entrées en jeu et aucune titularisation en première division, il se sent mis de côté. L’arrivée en prêt de cyrille pouget en provenance du servette fc en décembre achève de le convaincre : le psg ne lui fait pas confiance. « Le psg ne fait pas confiance aux jeunes », déclarera-t-il plus tard. « Il y a très peu de joueurs qui ont percé ici, et ceux qui y sont parvenus, comme pascal nouma ou patrick mboma, étaient encore remplaçants à 24 ans. »
arsenal profite du désaccord pour attirer le jeune talent
Arsène wenger, manager d’arsenal, flaire l’opportunité. Après avoir rencontré le joueur pendant la trêve hivernale et visité les infrastructures du club londonien, il se positionne. Le 11 janvier 1997, le clan anelka informe le psg de la volonté du joueur de quitter le club à l’expiration de son contrat d’aspirant, en juin. Une semaine plus tard, david dein, vice-président d’arsenal, envoie un fax au club parisien : « conformément aux règlements internationaux, nous allons prendre contact avec votre joueur nicolas anelka. »
Le 14 janvier, dans un hôtel du xvie arrondissement de Paris, anelka et son père signent un contrat de six ans avec arsenal, prenant effet le 1er juillet suivant. Une date qui coïncide avec la fin de son contrat d’aspirant au psg. Mais l’information, révélée par le parisien le 15 janvier, provoque une crise sans précédent.
le psg contre-attaque et exclut anelka du groupe pro
Présenté comme titulaire pour le match aller de la supercoupe d’europe contre la juventus turin (1-6) le soir même au parc des princes, anelka est finalement exclu de la mise au vert par ricardo. Le joueur est renvoyé dans son studio de saint-germain-en-laye, tandis que michel denisot le qualifie d’« attitude d’une rare muflerie » et annonce son exclusion du groupe professionnel. Pire : il menace de le prêter au servette fc jusqu’à la fin de la saison.
Noël le graët, alors président de la ligue nationale de football (lnf), apporte son soutien au psg. Il demande à la fff de ne pas accorder à anelka sa lettre de sortie, arguant que la charte du football français impose à un apprenti de signer son premier contrat professionnel avec son club formateur. Une position que wenger conteste fermement : « les lois européennes me rendent serein, » déclare-t-il. « Nous sommes dans la légalité. La réglementation française n’a aucune raison de s’appliquer hors de nos frontières. »
le droit européen et l’arrêt bosman en toile de fond
L’entraîneur d’arsenal rappelle les conséquences de l’arrêt bosman, rendu par la cour de justice des communautés européennes en décembre 1995. Selon cette décision, un joueur est libre de partir à l’expiration de son contrat sans indemnité. Anelka, dont le contrat d’aspirant expire en juin, peut donc rejoindre arsenal sans que personne ne puisse s’y opposer.
Sepp blatter, secrétaire général de la fifa à l’époque, ajoute une dimension internationale au débat : « les français s’émouvraient des départs de leurs jeunes joueurs, alors qu’ils ne semblent pas choqués par ceux des jeunes africains ou sud-américains vers les grands clubs européens. À partir de 16 ans, les jeunes doivent pouvoir partir pour se faire un nom et une carrière. »
un transfert finalement validé dans l’urgence
Face à l’imminence de l’examen du dossier par la fifa, le psg et arsenal trouvent un accord en moins de 48 heures. « il y a eu un trou dans la raquette, » reconnaîtra plus tard michel denisot. « Cela a fait du bruit parce qu’un très grand joueur partait libre au sortir de sa formation. Nicolas était un jeune joueur. Avec ricardo, on avait le souci de l’emmener le plus haut possible, tout en le protégeant. Lui voulait partir. C’est comme ça. On avait très peu de marge. »
Arsenal ne regrettera pas son investissement. Malgré un début difficile (4 apparitions en fin de saison 1996-1997), anelka explosera sous le maillot des gunners lors des deux saisons suivantes. En 1998-1999, il deviendra le premier joueur non-britannique à recevoir le trophée de meilleur jeune joueur de la premier league. Mais son aventure londonienne sera de courte durée : en 1999, il rejoindra le real madrid pour une indemnité record de 220 millions de francs (51,6 millions d’euros).