Le Sénégal envisage l’arbitrage international pour renégocier les contrats de BP et Woodside
Le ton monte entre l’État du Sénégal et les géants de l’énergie. Lors de l’Africa CEO Forum ce jeudi 14 mai, Khadim Bamba Diagne, secrétaire permanent du Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz, a clairement indiqué que Dakar n’excluait aucune voie, y compris celle d’une procédure devant un tribunal arbitral, pour obtenir une révision des accords signés avec BP et Woodside.
Une volonté de rectifier le tir rapidement
Cette détermination s’explique par la durée exceptionnelle des engagements. Avec des contrats s’étalant sur trois à cinq décennies, les autorités sénégalaises estiment impératif de dissiper toute zone d’ombre dès les premières phases d’exploitation. Selon Khadim Bamba Diagne, il est préférable de corriger les déséquilibres contractuels maintenant plutôt que de laisser des erreurs structurelles perdurer sur le long terme.
L’enjeu est également social et environnemental. L’exploitation offshore des hydrocarbures interfère directement avec les zones de pêche, un secteur vital qui fait vivre entre 600 000 et 700 000 citoyens sénégalais. Pour le responsable du COS-Petrogaz, un gouvernement responsable se doit de garantir que l’extraction des ressources ne se fasse pas au détriment d’une communauté aussi vaste sans une contrepartie économique à la hauteur des richesses prélevées.
Vers un partage équitable des profits
Dakar rejette désormais le schéma traditionnel où les pays africains subissent les conséquences négatives de l’exploitation tandis que les multinationales s’approprient la majeure partie des revenus. Dans un contexte mondial marqué par l’envolée des prix des hydrocarbures, le Sénégal entend bien capter sa juste part de la rente pétrolière et gazière. Khadim Bamba Diagne souligne que chaque membre de la joint-venture doit pouvoir tirer profit de la conjoncture actuelle des marchés.
Le recours éventuel à l’arbitrage est perçu comme un outil de clarification juridique indispensable. En obtenant une jurisprudence claire, le pays souhaite fixer les droits et les devoirs de chaque partie pour les années à venir. Alors que le Sénégal entre dans l’ère de la production, la mise en place de fondations contractuelles solides apparaît comme une priorité stratégique pour l’avenir économique de la nation.