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Le mystère de la main présidentielle au Cameroun

Publié le 29 août 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Après une absence de 74 jours en Suisse, le président Paul Biya est rentré à Yaoundé le jeudi 20 août. L’attente des Camerounais, impatients de revoir leur chef d’État, a été marquée par une apparition symbolique : la seule vision de sa main, saluant depuis la vitre entrebâillée de sa limousine présidentielle. Ce geste, loin d’être anodin, a suscité de nombreuses interprétations sur la nature du pouvoir en place.

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Ahmed Newton Barry.

L’opinion publique camerounaise s’attendait à la scène habituelle du patriarche descendant de l’avion, serrant les mains des dignitaires au pied de la passerelle. Au lieu de cela, seule une main a été aperçue, un détail lourd de sens en politique. La symbolique de la main se décline en effet selon quatre niveaux d’interprétation : la main qui condamne, la main qui trompe, la main qui consacre, et enfin, la main qui dirige.

Le premier degré : la main qui condamne

Dans l’Antiquité romaine, le destin des gladiateurs dans l’arène était scellé par le geste de César, son pouce levé ou baissé signifiant vie ou mort. Le jeudi 20 août à Yaoundé, la situation s’est inversée. Ce n’était plus la main du leader qui jugeait le peuple, mais celle du « gladiateur » qui devait rassurer l’État de sa vitalité. La main de Paul Biya, aperçue saluant, se présentait comme la preuve tangible de son retour et de sa survie.

Le deuxième degré : la main qui trompe

Lorsque la pleine capacité physique fait défaut, le recours à la main peut servir à dissimuler. L’exemple emblématique est celui de Diego Maradona en 1986, dont la « Main de Dieu » contre l’Angleterre, bien que manifestement irrégulière, fut validée par l’arbitre. À Yaoundé, ce jeudi, l’apparition de la seule main présidentielle, filmée par les 200 agents de la CRTV, la télévision nationale camerounaise, a été présentée comme un événement extraordinaire, validant une forme de « miracle » malgré l’absence du corps.

Le troisième degré : la main qui consacre

En matière de liturgie, la main est un vecteur de pouvoir et de bénédiction. Qu’il s’agisse de l’imposition des mains par le prêtre, de la bénédiction papale Urbi et Orbi, ou de l’onction sacrée du roi, la main consacrée devient une relique symbolique. Le jeudi en question, une liturgie inversée s’est déroulée : une main, tel un objet sacré, est apparue derrière une vitre teintée, évoquant une procession de châsse destinée à raviver la foi des fidèles.

Le quatrième degré : la main qui dirige

Le dernier niveau d’interprétation est celui de la main qui signe. Tout au long des 74 jours de son absence en Suisse, l’administration a affirmé la continuité de l’État, justifiée par la signature de décrets, de nominations et de lois. La main, en tant qu’instrument du pouvoir, était présente même en l’absence physique du corps. Cette notion de manus, ou puissance en latin, est la plus ancienne définition juridique du pouvoir. Désormais, le pouvoir ne se manifeste plus par des discours ou des apparitions physiques sur le tarmac, mais par la seule main qui signe et salue.

Si à Rome, la main décidait du sort des individus, et dans la religion, elle conférait la bénédiction, à Yaoundé, elle signifie avant tout la permanence du dirigeant en fonction. Après quarante-trois années au pouvoir, les citoyens camerounais semblent devoir s’accoutumer, pour une période incertaine mais vraisemblablement limitée, à une gouvernance symbolisée par cette seule main. La journaliste camerounaise Marie Roger Biloa l’exprime sans détour : « Le Cameroun, affirme-t-elle, doit anticiper la disparition inéluctable d’un président déjà virtuellement absent. »

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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