Le pouvoir des armes au Niger : un cycle sans fin ?

À Niamey, un scénario d’une régularité troublante se rejoue inlassablement. Les dirigeants se succèdent, les visages changent, mais la dynamique de la prise de pouvoir demeure invariablement la même.

Quand les bruits de tirs intenses ont de nouveau retenti près du palais présidentiel et de la base aérienne à Niamey, la population a une fois de plus retenu son souffle, saisie par un douloureux sentiment de déjà-vu. Qu’il s’agisse de révoltes au sein des garnisons ou de conflits internes à l’appareil militaire, ces incidents ne sont pas le fruit du hasard : ils sont la conséquence directe de la structure des régimes nés de coups d’État.

Trois ans après le renversement du gouvernement civil en juillet 2023, la leçon de l’Histoire reste implacable : ceux qui accèdent au pouvoir par la force des armes sont, à terme, menacés ou démis par cette même force.

Cette issue fatale découle de facteurs structurels et politiques précis qui finissent toujours par éroder l’autorité des juntes militaires :

L’épuisement d’une transition prolongée

Trois ans de transition représentent une durée excessive pour un peuple auquel on avait demandé un sacrifice temporaire. Au fil des mois, l’enthousiasme initial ou la patience de la population cède la place à un agacement légitime. Lorsque cette période d’exception s’étire indéfiniment, l’absence d’une perspective démocratique claire transforme les promesses de renouveau national en une simple stratégie de maintien au pouvoir.

Le poids de la réalité sécuritaire

Le principal argument justifiant le coup d’État au Niger était la nécessité de « rétablir la sécurité et la dignité ». Cependant, gouverner par décrets ne suffit pas à effacer les défis du terrain. Quand, malgré les discours souverainistes et les réorientations géopolitiques, les engagements en matière de sécurité tardent à se concrétiser et que les soldats continuent de tomber au front, la rhétorique perd de sa force. Le doute s’installe d’abord parmi les troupes, puis gagne progressivement l’opinion publique.

La force comme unique règle de succession

En brisant l’ordre constitutionnel, un pouvoir militaire comme celui du CNSP légitime la force comme le seul moyen de résoudre les désaccords politiques. Dès lors, le général Tiani, en démontrant qu’une arme peut mener au fauteuil présidentiel, enseigne involontairement la même leçon aux colonels, aux capitaines et aux factions rivales au sein des forces armées. L’armée cesse d’être une entité unie pour devenir un champ de bataille de rivalités internes. Selon les informations officielles, l’incident du 28 août serait une mutinerie au sein des forces armées.

Des figures historiques comme Seyni Kountché et Ibrahim Baré Maïnassara, en passant par Salou Djibo, les annales politiques du Niger attestent que le pouvoir issu des baïonnettes porte en lui les germes de sa propre contestation.

Les récentes détonations près des centres de pouvoir ne sont que l’écho de cette loi politique immuable. Tant que la légitimité ne sera pas solidement ancrée dans un pacte républicain et civil, le pouvoir à Niamey restera vulnérable à la moindre étincelle provenant des casernes. Car une arme n’a pas d’allégeance éternelle : celle qui installe un homme au pouvoir aujourd’hui est la même qui peut le menacer de le renverser demain.