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Le Bénin déjoue une tentative de coup d’État : la CEDEAO promet un soutien militaire

Publié le 7 décembre 202525 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Des détonations ont retenti dans la capitale économique du Bénin, Cotonou, et des forces armées ont été observées bloquant l’accès au palais présidentiel. Face à ces événements, les autorités béninoises ont rapidement déclaré avoir contrecarré une tentative de coup d’État visant à destituer le président Patrice Talon.

Écoutez cet articleEnviron 6 min
Des motos-taxis transportant des passagers à un carrefour à Cotonou, sur fond de rumeurs d’un possible coup d’État dans le pays, le 7 décembre 2025

Les autorités du Bénin ont affirmé dimanche avoir déjoué une tentative de coup d’État visant à renverser le président, Patrice Talon, lequel a assuré que la situation était « totalement sous contrôle » et à qui le bloc ouest-africain de la CEDEAO va envoyer un soutien militaire.

Cette tentative de putsch intervient à quelques mois du départ de la présidence de Patrice Talon, après deux mandats à la tête de ce petit pays d’Afrique de l’Ouest à la croissance robuste, mais miné par des violences djihadistes dans sa partie nord.

L’Afrique de l’Ouest est particulièrement secouée par l’instabilité politique depuis le début de la décennie avec des coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger — deux voisins du Bénin —, ainsi qu’en Guinée et plus récemment, fin novembre, en Guinée-Bissau.

Dimanche matin, après des tirs près de la présidence, des militaires avaient fait irruption à la télévision nationale pour annoncer la destitution du président Talon, invoquant pêle-mêle la « dégradation de la situation sécuritaire » ou la remise en cause des « libertés fondamentales » notamment.

Quelques heures plus tard, le ministre béninois de l’Intérieur, Alassane Seidou, est apparu à son tour à la télévision nationale pour assurer que le coup avait été déjoué.

C’est ce qu’a confirmé Patrice Talon dans une courte adresse à la Nation dimanche soir, affirmant que la situation était « totalement sous contrôle » et que la « sécurité et l’ordre public seront maintenus partout sur le territoire national ».

« Cette forfaiture ne restera pas impunie », a-t-il ajouté, après avoir félicité les militaires de la garde républicaine à son arrivée au palais présidentiel.

La France, ancienne puissance coloniale, a condamné dimanche soir la tentative de coup d’État et a appelé ses ressortissants « à la plus grande prudence et notamment à rester confinés », en raison d’« un contexte encore volatil ».

Après une journée où la plupart des habitants ont vaqué à leurs occupations à Cotonou, la capitale économique s’est vidée un peu plus tôt que d’habitude dans la soirée, selon un journaliste.

Plusieurs barrages militaires étaient déployés dans la zone de la présidence et du camp militaire voisin de Guézo.

« Ce soir, on va essayer de rentrer plus tôt. On ne sait pas qui est à la base de ce coup d’État », a expliqué Michelle Eudoxie, une coiffeuse de 50 ans.

« Ce matin j’ai commencé à entendre les sons des balles. J’ai quitté le quartier pour aller ailleurs parce que j’ai eu peur », explique de son côté Nabil Sacca, un vendeur d’essence qui se trouvait près du palais présidentiel dans la matinée.

Déploiement de troupes ouest-africaines

Selon des sources militaires, une douzaine de soldats ont été arrêtés. Parmi eux figurent certains auteurs de la tentative de putsch, a indiqué une source sécuritaire sans préciser si le meneur des mutins, le lieutenant-colonel Pascal Tigri étaient parmi eux.

En fin d’après-midi, l’aviation nigériane a mené des frappes à Cotonou « en lien avec les protocoles de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) », selon le porte-parole de l’armée de l’air nigériane, le général Ehimen Ejodamen, qui n’a pas précisé les cibles visées.

La CEDEAO a ensuite annoncé le « déploiement immédiat » de troupes du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana pour soutenir « le gouvernement et l’armée républicaine » du Bénin et « préserver l’ordre constitutionnel ».

La Force en attente de la CEDEAO a le mandat de garantir la paix et la stabilité de la région. Elle s’est par exemple déployée en Gambie en 2017 lorsque le président sortant, Yahya Jammeh, refusait de quitter le pouvoir.

Elle avait toutefois finalement renoncé à intervenir en 2023 après le coup d’État au Niger.

L’Union africaine (UA) a condamné « fermement et sans équivoque » cette tentative de coup d’État.

L’histoire politique du Bénin a été jalonnée de plusieurs coups d’État ou tentatives, mais le dernier remonte à 1972.

« Aujourd’hui, c’est comme si je revivais ce que nos parents ont vécu en ce temps-là », raconte Remy Agblo, un commerçant, « heureusement que ça a été déjoué ».

Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, arrivera en 2026 au terme de son second mandat, le maximum autorisé par la Constitution.

Son dauphin désigné, l’actuel ministre des Finances, Romuald Wadagni, fait figure d’ultra-favori pour la présidentielle d’avril 2026, le principal parti d’opposition ayant été écarté de la course.

« Il y a une tension perceptible dans le pays depuis des mois du fait des élections », remarque Anatole Zinsou, informaticien à Cotonou, qui déplore « l’exclusion » de certains acteurs des processus électoraux.

S’il est salué pour le développement économique du Bénin, Patrice Talon est régulièrement accusé par ses détracteurs d’avoir opéré un virage autoritaire dans un pays autrefois salué pour le dynamisme de sa démocratie.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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