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L’accession au pouvoir de Faure Gnassingbé : un héritage controversé marqué par les événements de 2005

Publié le 8 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

La trajectoire politique du Togo est intrinsèquement liée à l’année 2005, une période qui demeure profondément ancrée dans la conscience nationale et qui continue de susciter des divergences. Alors que certains perçoivent cette époque comme l’aube d’une « ère de renouveau », les rapports émanant d’instances internationales ainsi que les témoignages poignants des victimes dépeignent une réalité bien distincte : celle d’une prise de pouvoir entachée par une répression d’une violence inouïe, ciblant spécifiquement les populations du Sud, majoritairement d’ethnie Ewé.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Le « coup d’État constitutionnel » : la transgression des principes légaux

Les prémices de cette crise se manifestent le 5 février 2005, suite au décès du général Gnassingbé Eyadéma. En l’espace de quelques heures, l’armée togolaise (FAT) a procédé à la suspension de la Constitution, empêchant le président de l’Assemblée nationale de regagner le territoire national et installant de fait Faure Gnassingbé à la tête de l’État. Cette manœuvre, qualifiée de « coup d’État constitutionnel », a immédiatement engendré une vive condamnation de la part de l’Union Africaine et de la CEDEAO. Face à cette pression internationale, Faure Gnassingbé a finalement présenté sa démission, ouvrant la voie à une élection présidentielle précipitée. Cet enchaînement d’événements a durablement érodé la confiance entre le régime en place et les factions de l’opposition.

Le drame d’avril 2005 : un lourd tribut humain

Bien que les données officielles et celles des organisations indépendantes divergent, l’ampleur des pertes humaines demeure consternante. À l’annonce des résultats proclamant Faure Gnassingbé vainqueur avec 60 % des suffrages, le pays a basculé dans une spirale de violences.

  • Le rapport des Nations Unies : Une mission d’enquête diligentée par l’Organisation des Nations Unies a documenté un bilan oscillant entre 400 et 500 décès.
  • Les associations de défense des droits humains : La Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) a, pour sa part, estimé le nombre de victimes à plus de 1 000.

Ces actes de violence ne constituaient pas des incidents isolés. Ils ont été perpétrés principalement dans les bastions de l’opposition, notamment à Lomé et dans les villes du Sud telles qu’Aného et Atakpamé, des régions historiquement peuplées par l’ethnie Ewé.

L’implication des milices kabyès et l’instrumentalisation ethnique

Un aspect particulièrement sombre de cette période réside dans le recours à des milices civiles. Des rapports détaillés, notamment ceux publiés par Amnesty International, mettent en lumière une collaboration avérée entre certains éléments des forces armées et des groupes de miliciens. Ces derniers, souvent identifiés comme étant issus de l’ethnie Kabyè, l’ethnie du clan au pouvoir, auraient mené des opérations punitives dans les quartiers sud.

« Les miliciens ont ouvert le feu sur la foule… des individus ont été passés à tabac à mort sous le regard de leurs proches. » — Rapport Amnesty International, juillet 2005.

Les pratiques de torture, les incendies volontaires d’habitations et les exécutions sommaires ont contraint près de 40 000 citoyens togolais à chercher refuge dans les pays voisins, le Bénin et le Ghana, provoquant ainsi une crise humanitaire d’une ampleur inédite dans la sous-région.

L’impunité : un pilier du maintien au pouvoir

Depuis les événements de 2005, et malgré l’instauration d’une Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) en 2009, la question de l’impunité demeure prégnante. À ce jour, aucun haut gradé militaire ni aucun chef de milice n’a été poursuivi de manière substantielle pour son rôle dans les massacres de 2005.

Conclusion : un traumatisme national persistant

Près de deux décennies après les faits, l’accession de Faure Gnassingbé à la magistrature suprême demeure marquée par cette « faute originelle ». Bien que le régime s’efforce aujourd’hui de projeter une image de stabilité et de modernité, les cicatrices de 2005 ne sont que superficiellement refermées. Pour nombre d’observateurs, une véritable réconciliation nationale au Togo est conditionnée par l’établissement d’une justice équitable pour les victimes des régions du Sud.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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