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La politique industrielle européenne met à l’épreuve le lien France-Maroc

Publié le 11 juillet 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Depuis plusieurs mois, Paris exerce une pression constante sur l’Union Européenne. Pour les autorités françaises, la compétitivité européenne ne saurait plus reposer uniquement sur l’ouverture des marchés et la concurrence mondiale. Une politique industrielle affirmée est désormais jugée indispensable, impliquant une préférence européenne marquée dans les secteurs stratégiques et une nécessaire réduction des dépendances, notamment vis-à-vis de la Chine. Au sein de la Commission Européenne, c’est le vice-président exécutif Stéphane Séjourné qui pilote le projet de règlement sur l’accélération industrielle. Bien que des compromis internes aient tempéré ses ambitions initiales, la France maintient une approche offensive. Elle souhaite désormais étendre la portée de ce texte : les mécanismes de préférence européenne, qu’il s’agisse des marchés publics, des achats ou des subventions, ne se limiteraient plus aux technologies propres, aux industries énergivores et aux véhicules électriques, mais engloberaient également la construction navale, le matériel ferroviaire ou encore la chimie.

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Paradoxalement, ces domaines d’activité sont précisément ceux où la coopération industrielle franco-marocaine est la plus développée. La France se distingue probablement comme l’État membre dont l’appareil productif est le plus étroitement lié à celui du Maroc. Cette singularité positionne Paris de manière délicate : elle promeut un « Made in Europe » exigeant, tout en ayant bâti, sur les vingt dernières années, une stratégie de co-industrialisation avec un pays non-membre de l’UE. Dans le secteur automobile, les usines Renault de Tanger et Stellantis à Kénitra opèrent comme de véritables extensions des chaînes de production françaises. Les équipementiers fabriquent au Maroc des composants qui alimentent directement les sites industriels européens. Une dynamique similaire est observable dans l’aéronautique, où des entreprises comme Safran, Daher ou Latécoère ont progressivement intégré les capacités industrielles marocaines à leurs propres chaînes de valeur. Le Royaume n’est plus un simple centre de sous-traitance ; il contribue désormais directement à la compétitivité de la production industrielle française et européenne. Cette intégration s’étend aujourd’hui aux secteurs les plus stratégiques : batteries pour véhicules électriques, hydrogène vert, matériaux critiques, infrastructures portuaires et numérique.

L’appareil productif français est particulièrement imbriqué avec celui du Maroc, une spécificité au cœur des débats européens.

L’objectif de Paris n’est pas de replier l’Europe sur elle-même, mais d’éviter qu’un « Made with Europe », englobant indistinctement l’ensemble des quelque quatre-vingts partenaires commerciaux de l’Union, ne vide la préférence européenne de sa substance. La France plaide pour une approche plus discriminante : distinguer les nations qui participent concrètement à la compétitivité et à la sécurité des approvisionnements européens de celles qui restent de simples fournisseurs externes, voire représentent une menace pour la souveraineté des Européens.

Jusqu’où cette vision peut-elle être partagée par les autres États membres ? À la mi-juillet, les 27 seront conviés à une première évaluation politique des discussions engagées au Conseil concernant le règlement sur l’accélération industrielle. La position de l’Allemagne sera cruciale. Berlin a longtemps affiché une certaine réticence face aux propositions françaises de préférence industrielle européenne. La puissance exportatrice allemande craignait en effet les restrictions commerciales de Pékin et des représailles chinoises contre son industrie automobile. Cependant, sous l’influence d’une crise industrielle sans précédent et d’un débat politique interne durci par la montée de l’AFD, l’Allemagne ne peut plus se limiter à défendre un libre-échange classique. Une ouverture sélective aux partenaires de confiance pourrait-elle émerger comme un terrain d’entente entre Paris et Berlin ? C’est autour de cette notion que se dessinera l’avenir du partenariat industriel franco-marocain. Bien que la France n’ait jamais officiellement demandé l’inclusion du Maroc parmi les futurs partenaires de confiance, l’ensemble de sa stratégie industrielle et diplomatique positionne le Royaume comme un candidat naturel à ce statut privilégié.

La bataille se jouera également au Parlement Européen, où deux rapporteurs français occupent des rôles déterminants dans l’examen de ce règlement. Une responsabilité particulière leur incombera, ainsi qu’aux délégations françaises : veiller à ce que les nouvelles frontières réglementaires que l’Union est en train de tracer ne viennent pas fragiliser l’avenir du partenariat industriel maroco-français.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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