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La déconnexion malienne : entre déni officiel et réalité des routes du nord

Publié le 11 mai 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Des épaves calcinées de véhicules, des provisions périssables en décomposition et des dépouilles abandonnées sur les accotements : tel est le tableau désolant des axes d’approvisionnement essentiels dans les régions septentrionales du Mali. Une atmosphère macabre imprègne l’air, témoignant de la violence implacable qui étouffe le pays. Pourtant, face à cette détresse humanitaire et sécuritaire absolue, les autorités de transition persistent dans une vision déconnectée de la réalité. « Il n’y a aucun blocus sur les routes. Tout le monde circule librement au Mali », affirme avec insistance le Premier Ministre Abdoulaye Maïga, dans une tentative manifeste de masquer l’effondrement de l’État par un discours officiel.

Écoutez cet articleEnviron 3 min

Cette rhétorique du déni accentue un fossé grandissant entre le pouvoir militaire et le quotidien des populations civiles. Tandis que Bamako diffuse des communiqués de victoire, les corridors vitaux reliant le sud au nord se transforment en véritables cimetières à ciel ouvert. Le régime semble avoir délaissé la protection effective du territoire au profit d’une stratégie de communication agressive, où toute mention de la souffrance des Maliens est interprétée comme un acte de sédition. En privilégiant l’image d’une souveraineté retrouvée sur la survie physique de ses citoyens, la junte s’isole dans une tour d’ivoire, dont le coût se mesure en vies humaines.

Sur le plan stratégique, les lacunes sont tout aussi évidentes. L’option d’une rupture radicale avec les partenaires historiques au profit de nouvelles collaborations n’a, jusqu’à présent, pas généré l’amélioration sécuritaire escomptée. Au contraire, le retrait des forces internationales a laissé un vide que les groupes armés terroristes se sont empressés d’exploiter, imposant des sièges impitoyables aux localités du Nord et du Centre. Le régime, incapable de sécuriser les convois d’approvisionnement, semble avoir perdu l’initiative sur le terrain, se contentant d’interventions aériennes sporadiques là où une présence territoriale durable serait cruciale pour briser l’asphyxie économique.

Enfin, l’inertie politique et la restriction draconienne des libertés individuelles achèvent de fragiliser l’édifice national. En muselant la voix des journalistes, des opposants et de la société civile qui osent alerter sur l’ampleur de la crise, le gouvernement se prive des leviers indispensables à une véritable résilience nationale. L’absence de perspectives électorales et le durcissement du régime suggèrent que la priorité n’est plus la résolution de la crise sécuritaire au Mali, mais la pérennisation d’un pouvoir qui, faute de résultats tangibles sur le front, se nourrit d’un nationalisme de façade. Pendant que les discours enflammés résonnent dans les salons de Bamako, le Mali profond, lui, continue de souffrir silencieusement sur les routes.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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