La Côte d’Ivoire cherche à créer des géants économiques locaux pour booster son développement

la Côte d’Ivoire cherche à créer des géants économiques locaux pour booster son développement

Avec quinze années de croissance ininterrompue derrière elle, la Côte d’Ivoire affiche désormais une ambition claire : faire émerger une génération de champions économiques nationaux capables de propulser le pays vers l’émergence d’ici 2030. Une stratégie ambitieuse qui s’appuie sur des secteurs variés, de l’industrie cosmétique aux nouvelles technologies financières.

des entreprises locales en pleine expansion

Dans l’enceinte industrielle de Yopougon, en périphérie d’Abidjan, des dizaines d’ouvrières s’affairent autour de chaînes de production où s’alignent des flacons de cosmétiques à base de karité. Leur entreprise, Kaera, illustre parfaitement cette dynamique. Fondée à la fin des années 2000 dans un modeste appartement, elle emploie aujourd’hui 600 personnes et commercialise ses produits de beauté dans une trentaine de pays, de l’Afrique de l’Ouest jusqu’à Paris et Dubaï.

Fodé Yattabaré, son PDG, se souvient des débuts modestes de son aventure entrepreneuriale : « L’écosystème actuel favorise l’émergence d’entrepreneurs comme nous. Cette dynamique nous donne une confiance renforcée dans l’avenir économique du pays. » Désormais, il vise le marché européen, symbole de la maturité acquise par son entreprise.

l’exemple inspirant des fintechs ivoiriennes

Autre acteur de cette transformation économique, la start-up Djamo représente l’innovation dans le secteur financier. Fondée en 2020, cette entreprise propose une solution hybride entre banque traditionnelle et paiement mobile, séduisant déjà deux millions d’utilisateurs, majoritairement non bancarisés. Régis Bamba, son cofondateur, souligne les atouts du pays : « La Côte d’Ivoire bénéficie d’un environnement stable et sécurisé, ce qui facilite grandement l’accès aux financements pour les entreprises locales. »

des champions nationaux pour entraîner l’économie

Kaera, Djamo et Pétro Ivoire font partie de ces champions nationaux que le gouvernement ivoirien souhaite promouvoir. Ces entreprises, devenues des références dans leurs secteurs, ont pour mission d’entraîner dans leur sillage un réseau de PME (petites et moyennes entreprises) locales, contribuant ainsi à la création d’emplois et à la diversification de l’économie.

Sébastien Kadio Morokro, PDG de Pétro Ivoire, résume cette responsabilité : « Devenir un champion national implique une exemplarité dans nos pratiques. L’État joue un rôle clé en investissant massivement pour créer ces entreprises qui, à leur tour, forment, créent de la valeur et réinvestissent dans l’économie. »

Le ministre du Plan, Souleymane Diarrassouba, confirme cette volonté politique : « Pour qu’une entreprise devienne un champion, elle doit d’abord bénéficier d’un accompagnement, d’un soutien à chaque étape de son développement. La Côte d’Ivoire mise sur la création de plusieurs centaines de champions nationaux dans les années à venir. »

des financements records pour soutenir la croissance

Les investisseurs semblent partager cette confiance. Début juillet, la Côte d’Ivoire a obtenu 80 milliards de dollars de financements publics internationaux pour son Plan national de développement 2026-2030, soit quatre fois plus que prévu. Le secteur privé devrait également contribuer à hauteur de près de 150 milliards de dollars supplémentaires. Un engagement massif qui reflète la crédibilité retrouvée du pays sur la scène économique internationale.

L’économiste Blaise Makaye, chercheur à l’université de Bouaké, analyse cette stratégie : « Nous sommes en phase finale d’un plan visant à faire de la Côte d’Ivoire un pays à revenu intermédiaire d’ici 2030. Cela implique un revenu brut annuel par habitant dépassant 4 000 dollars, contre 2 700 dollars actuellement. »

des défis persistants à relever

Malgré des indicateurs macroéconomiques globalement positifs, le pays doit encore surmonter des obstacles structurels. Le secteur informel représente près de 90 % des emplois, et la bureaucratie ainsi que la corruption freinent encore l’activité économique. La Côte d’Ivoire reste également inscrite sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) pour blanchiment de capitaux, une situation que les autorités s’engagent à améliorer.

Les entrepreneurs locaux appellent à une accélération de la numérisation de l’administration pour simplifier les démarches et élargir l’assiette fiscale. « La digitalisation permet à l’État d’augmenter ses recettes et de financer davantage de projets de développement », explique Blaise Makaye. Il souligne également l’impact potentiel des récentes découvertes de pétrole et de gaz, qui pourraient apporter un souffle nouveau à l’économie.

Autre levier de croissance : la mise en place effective de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui pourrait ouvrir un marché de près d’1,5 milliard de consommateurs. Pour Fodé Yattabaré, « l’harmonisation des normes entre les pays africains est essentielle pour faciliter les échanges et stimuler l’activité économique. »

Régis Bamba, de Djamo, abonde dans ce sens : « Plus de libre-échange signifie plus d’opportunités commerciales, plus de fluidité et une création de valeur accrue. »

en résumé

  • La Côte d’Ivoire mise sur l’émergence de champions économiques locaux pour accélérer son développement.
  • Des entreprises comme Kaera (cosmétiques) et Djamo (fintech) illustrent cette dynamique.
  • Un accompagnement renforcé des PME et une stabilité politique attirent les investisseurs.
  • Malgré des défis (secteur informel, bureaucratie), les perspectives restent positives avec des financements records et la ZLECAf.