Indépendance des banques centrales : le FMI pointe la dominance fiscale au Maroc
Le Fonds monétaire international a présenté une analyse approfondie sur l’autonomie des Banques centrales dans quatre régions clés : le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord, l’Asie centrale et le Caucase. Selon ce rapport, une indépendance renforcée des institutions monétaires se traduit par un meilleur contrôle de l’inflation et une meilleure résistance aux chocs économiques.
L’étude examine les liens entre la politique budgétaire et la politique monétaire, et leur impact sur l’efficacité de cette dernière. Pour évaluer la « dominance fiscale », le FMI utilise un indicateur basé sur les créances nettes du système bancaire envers l’État, exprimées en pourcentage du PIB. D’après cet outil, des pays tels que le Maroc, l’Égypte, la Jordanie, l’Algérie et le Pakistan affichent un niveau d’endettement public auprès du secteur bancaire supérieur à la moyenne régionale. Cette situation, selon l’institution, révèle une domination budgétaire sur la sphère monétaire.
Cette dominance fiscale survient lorsque les besoins de financement de l’État influencent la politique monétaire, par exemple en incitant à financer le gouvernement ou à maintenir des taux d’intérêt artificiellement bas. Le FMI avertit qu’un recours excessif au secteur bancaire pour combler les déficits publics peut perturber la transmission des décisions monétaires, amplifier les pressions inflationnistes et fragiliser la crédibilité des Banques centrales.
L’institution met également en garde contre les risques d’un endettement public trop élevé auprès des banques, qui pourrait entraîner un effet d’éviction sur le crédit privé, freiner l’investissement et peser sur la croissance économique.
Le rapport cite l’Égypte et le Pakistan comme exemples où une dette intérieure élevée a limité la capacité des Banques centrales à ajuster leurs taux d’intérêt en temps voulu. Cette situation a contribué à maintenir l’inflation à un niveau élevé, malgré la baisse progressive des tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Des pistes pour renforcer l’autonomie des Banques centrales
Face à ces défis, le FMI propose plusieurs recommandations. À court terme, il encourage le renforcement du cadre juridique des Banques centrales pour les protéger des pressions politiques, consolider leur autonomie financière et améliorer leur gouvernance.
Parmi les mesures suggérées figurent l’adoption de processus transparents pour la nomination des dirigeants et des membres des conseils d’administration, l’allongement des mandats au-delà des cycles électoraux, ainsi que la réduction de la représentation gouvernementale dans les instances décisionnelles.
À moyen terme, l’institution plaide pour un renforcement des mécanismes de transparence, de responsabilité et de communication des Banques centrales. Elle insiste sur l’adaptation du rythme des réformes en fonction des spécificités institutionnelles de chaque pays.
Le rapport souligne que les effets de ces réformes peuvent prendre plusieurs années à se concrétiser. Cette lenteur s’explique par les délais nécessaires à l’adoption de nouvelles lois et par la différence parfois observée entre l’indépendance théorique et son application réelle.
En conclusion, le FMI affirme que l’autonomie des Banques centrales, intégrée dans un cadre monétaire robuste, permet une gestion plus efficace de l’inflation et constitue un atout majeur pour affronter les chocs inflationnistes imprévus.