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Gaskindé : les zones d’ombre persistantes autour de l’attaque du 26 septembre

Publié le 22 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

L’attaque de Gaskindé, un tournant dans l’histoire récente du Burkina Faso

Le 26 septembre 2022, le nord du Burkina Faso a été le théâtre d’une embuscade meurtrière contre un convoi militaire en direction de Djibo. Revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda, cette attaque a coûté la vie à au moins 37 personnes, majoritairement des soldats, et laissé des dizaines de blessés. Cet événement, d’une violence sans précédent, a marqué un tournant dans la crise sécuritaire qui frappe le pays.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Un coup d’État précipité et des questions restées sans réponse

Quatre jours après cette tragédie, le capitaine Ibrahim Traoré renversait le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba lors d’un coup d’État. Cette transition politique brutale a soulevé des interrogations sur les circonstances exactes de l’embuscade et ses conséquences. Pourquoi un convoi aussi stratégique a-t-il pu être aussi précisément ciblé ? Plusieurs pistes méritaient d’être explorées :

  • Le niveau de préparation exceptionnel des assaillants ;
  • Une connaissance approfondie de l’itinéraire emprunté par les forces armées ;
  • Les défaillances dans le dispositif de protection du convoi ;
  • L’éventualité de fuites ou de complicités au sein même des institutions.

Pourtant, avant que ces investigations ne puissent aboutir, les événements politiques ont pris le pas sur les enquêtes militaires.

Un silence institutionnel qui alimente les doutes

Dans un contexte aussi grave, les Burkinabè auraient pu s’attendre à une enquête transparente, à un rapport public détaillé et à l’identification des éventuelles responsabilités. Or, à ce jour, aucun document officiel n’a été rendu public pour éclairer les circonstances de cette attaque.

Trois éléments cristallisent aujourd’hui les interrogations :

  • L’absence de communication claire sur les conclusions des enquêtes ;
  • L’absence d’annonce de sanctions contre d’éventuels responsables internes ;
  • Le manque d’informations permettant aux familles des victimes de faire leur deuil dans la sérénité.

Cette opacité nourrit les spéculations et érode la confiance entre la population et les institutions militaires.

Gaskindé, un symbole des défaillances sécuritaires sous Damiba

L’embuscade de Gaskindé est devenue l’un des principaux arguments avancés pour dénoncer l’incapacité du régime Damiba à endiguer la menace terroriste. Le capitaine Ibrahim Traoré a justifié son coup d’État par la nécessité de sauver le pays d’une situation sécuritaire devenue ingérable.

Pourtant, une question persiste : pourquoi le nouveau régime, une fois au pouvoir, n’a-t-il pas levé le voile sur les circonstances de cette attaque, alors qu’elle avait servi de justification majeure à son arrivée ? Si la rupture avec le passé était l’objectif affiché, pourquoi ne pas avoir saisi cette occasion pour rétablir la vérité sur un drame ayant coûté la vie à des dizaines de soldats ?

Transparence ou continuité des zones d’ombre ?

Une gouvernance légitime ne peut se contenter de pointer du doigt les erreurs des prédécesseurs. Elle doit aussi assumer ses propres responsabilités et répondre aux attentes des citoyens.

En refusant de communiquer clairement sur l’état des investigations concernant Gaskindé, le pouvoir en place laisse planer un paradoxe : il exige des comptes des anciens dirigeants tout en se soustrayant aux mêmes exigences. Ce manque de transparence alimente un climat de méfiance et affaiblit la crédibilité des institutions militaires.

Quand les groupes armés exploitent les failles internes

L’histoire des insurrections montre que les groupes armés profitent systématiquement des faiblesses structurelles des États : renseignements défaillants, corruption, infiltrations ou rivalités entre services. Réduire la crise au seul impact des groupes djihadistes reviendrait à ignorer les facteurs internes qui facilitent leurs actions.

Une embuscade d’une telle envergure interroge nécessairement sur les défaillances internes. Une armée ne peut gagner la confiance de ses soldats et de la population que si elle est capable de reconnaître ses erreurs et de sanctionner les responsables. La lutte contre le terrorisme ne se limite pas aux opérations militaires : elle exige aussi une introspection rigoureuse.

Gaskindé, une exigence de justice et de mémoire

Près de quatre ans après les faits, l’ombre de Gaskindé plane toujours sur le Burkina Faso. Les familles des victimes, les militaires sur le terrain et l’ensemble des citoyens méritent des réponses claires. Au-delà des enjeux politiques, cette affaire relève de la justice, de la mémoire collective et de la responsabilité publique.

Toute nation qui aspire à la stabilité doit affronter ses pages sombres. Tant que les circonstances exactes de cette tragédie ne seront pas pleinement élucidées, les questions resteront en suspens. Le Burkina Faso ne pourra tourner définitivement cette page que lorsque les réponses attendues depuis septembre 2022 auront été apportées. C’est à cette condition que les familles des victimes pourront espérer obtenir justice et que les institutions retrouveront une légitimité indispensable.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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