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Au Togo, la longévité de Faure Gnassingbé interroge la finalité des réformes institutionnelles

Publié le 10 septembre 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Depuis plus de deux décennies, Faure Gnassingbé incarne le sommet de l’État togolais. Aujourd’hui, son maintien au pouvoir soulève une question lancinante : comment préserver son autorité lorsque la confiance populaire ne suffit plus à asseoir une légitimité incontestée ?

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Arrivé à la tête du pays en 2005, le président togolais a traversé de multiples crises politiques, des scrutins vivement contestés et des vagues de mobilisation de l’opposition. Au fil des ans, les reproches ne se sont pas limités aux résultats des élections ; ils ont également porté sur les conditions mêmes d’organisation du jeu politique. Pour ses détracteurs, l’enjeu n’est plus seulement de savoir qui gagne les élections, mais de déterminer si les conditions permettent une véritable alternance.

C’est dans ce contexte que les différentes manœuvres institutionnelles doivent être analysées. Lorsqu’un système politique est régulièrement remodelé autour de celui qui le dirige, chaque modification constitutionnelle ou institutionnelle finit par susciter la même interrogation : s’agit-il d’une réforme visant à renforcer les institutions ou d’un moyen supplémentaire de pérenniser le pouvoir en place ?

La question est devenue d’autant plus sensible avec les transformations institutionnelles récentes. Le passage à un nouveau système politique, la redistribution des pouvoirs et l’instauration de nouvelles fonctions au sommet de l’État ont nourri les critiques de ceux qui y voient moins une rupture qu’une nouvelle manière d’organiser la continuité du régime.

Le point le plus controversé demeure précisément celui-ci : la conservation du pouvoir ne passe pas toujours par une élection remportée dans les urnes. Elle peut également passer par la maîtrise des institutions qui organisent l’exercice du pouvoir.

C’est ce qui explique les interrogations suscitées par la non-tenue des élections présidentielles selon le calendrier attendu et par la nouvelle architecture institutionnelle qui en a découlé. Pour ses opposants, le changement de mécanisme ne signifie pas nécessairement changement de pouvoir. Il pourrait au contraire permettre à Faure Gnassingbé de rester au centre du dispositif politique tout en modifiant la fonction par laquelle il exerce son influence.

La nomination de Jean-Lucien Savi de Tové à la présidence de la République a ainsi alimenté une autre controverse. Officiellement, il s’agit d’une nouvelle configuration institutionnelle. Mais pour les adversaires du régime, la véritable question est ailleurs : qui détient réellement le pouvoir et qui fixe les grandes orientations politiques du pays ?

C’est précisément cette interrogation qui nourrit l’accusation selon laquelle le président officiellement installé ne disposerait pas d’une autonomie politique suffisante face à Faure Gnassingbé. Ses détracteurs considèrent que le véritable centre de décision resterait entre les mains de l’ancien président, désormais président du Conseil, et que la nouvelle architecture institutionnelle aurait ainsi permis de préserver son influence sans passer directement par une nouvelle élection présidentielle.

Si cette lecture est contestée par le pouvoir, elle révèle néanmoins le malaise démocratique qui persiste : lorsqu’une réforme institutionnelle permet à un dirigeant qui a déjà passé plus de deux décennies au sommet de l’État de demeurer l’acteur politique dominant, la question de la finalité réelle de cette réforme devient inévitable.

Le problème dépasse donc la seule personne de Faure Gnassingbé. Il touche au fonctionnement même de l’État togolais. Une démocratie solide ne devrait pas être conçue autour de la capacité d’un individu à rester incontournable, mais autour d’institutions capables de fonctionner indépendamment des intérêts du pouvoir en place.

À cela s’ajoutent les accusations récurrentes de restrictions de l’espace politique, les tensions avec l’opposition, les contestations électorales et les critiques relatives à la gouvernance. Pris séparément, chacun de ces épisodes peut être interprété différemment. Mais lorsqu’ils sont replacés dans une perspective de vingt et un ans de pouvoir, ils dessinent, pour les opposants au régime, une même trajectoire : celle d’un système qui chercherait moins à préparer l’alternance qu’à organiser sa propre continuité.

C’est là que réside le véritable paradoxe du pouvoir de Faure Gnassingbé. Après autant d’années à la tête du pays, la question ne devrait plus être de savoir comment rester au pouvoir à travers de nouvelles configurations institutionnelles, mais comment convaincre durablement les Togolais que leur choix peut réellement modifier la direction du pays.

Car une démocratie ne se mesure pas uniquement au nombre d’institutions qu’elle possède ni aux textes qu’elle adopte. Elle se mesure surtout à la possibilité réelle de l’alternance, à l’indépendance des institutions et à la capacité des citoyens à sanctionner ou reconduire leurs dirigeants par leur vote.

Lorsque les mécanismes institutionnels deviennent suffisamment complexes pour que le pouvoir puisse changer de forme sans nécessairement changer de mains, la méfiance s’installe.

Et c’est précisément cette question que le pouvoir togolais ne pourra pas éternellement contourner : si Faure Gnassingbé est réellement convaincu de bénéficier de la confiance des Togolais, pourquoi tant de transformations semblent-elles nécessaires pour garantir la continuité de son influence politique ?

Au fond, le débat togolais n’est donc plus seulement celui d’un homme qui veut conserver le pouvoir. Il est celui d’un système politique confronté à une exigence simple : permettre enfin aux citoyens de déterminer librement, clairement et sans ambiguïté qui doit gouverner le pays.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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