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Gabon : les retombées économiques attendues après le séjour présidentiel à Paris

Publié le 4 août 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Libreville, ce mardi 4 août 2026 – Le récent déplacement officiel du président Brice Clotaire Oligui Nguema à Paris, du 19 au 22 juillet, a dépassé le simple cadre des honneurs diplomatiques et des rendez-vous protocolaires. Au-delà des réceptions aux Invalides, de la visite du Château de Versailles ou du dîner d’État à l’Élysée, l’objectif principal de Libreville était d’ancrer des engagements économiques tangibles pour le développement du Gabon.

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La question qui prévaut désormais est de savoir quelles seront les répercussions concrètes de ces rencontres avec les dirigeants d’entreprises françaises pour la population gabonaise. Une délégation substantielle, composée de plus de 80 personnalités incluant des acteurs clés du secteur privé gabonais, avait accompagné le chef de l’État. Bien que la communication officielle ait initialement été discrète sur l’identité des grands patrons français rencontrés, des détails émergent, permettant de mieux cerner la nature des discussions et les dossiers prioritaires.

Des secteurs stratégiques au cœur des échanges

Dès son arrivée dans la capitale française le 19 juillet, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu Anne Rigail, la directrice générale d’Air France. Le volet aérien est crucial pour le Gabon. Air France et Fly Gabon, déjà partenaires commerciaux, œuvrent à la finalisation d’un accord de partage de codes, espéré avant la fin de l’année. Ce partenariat permettrait à Fly Gabon de proposer des vols vers Paris sous sa propre bannière. Bien qu’aucun accord définitif n’ait été paraphé lors de cette entrevue, le calendrier fixé sera suivi avec grande attention. Pour le Gabon, une amélioration de la connectivité aérienne est essentielle pour stimuler les échanges commerciaux, le tourisme, attirer les investisseurs et faciliter la circulation des compétences.

Le lendemain, les discussions à l’Élysée ont largement porté sur le secteur minier. Eramet, via sa filiale Comilog, a signé un protocole d’accord avec l’État gabonais, axé sur la transformation locale du manganèse. Sous l’impulsion de sa présidente, Christel Bories, le groupe s’est engagé dans une feuille de route élaborée conjointement avec les autorités gabonaises. L’ambition est d’atteindre une capacité de traitement local de 700 000 tonnes de minerai d’ici fin 2031. Divers scénarios sont encore à l’étude, incluant la création d’un fonds « Fabriqué au Gabon » et le développement d’une filière de biocharbon.

Il est impératif de souligner qu’il s’agit pour l’heure d’un cadre de travail et non d’un engagement d’investissement ferme. La transformation locale du manganèse ne se concrétisera économiquement qu’après la validation des études, la sécurisation des financements, la mise en place des infrastructures nécessaires et les décisions d’investissement finales. C’est une distinction majeure pour les citoyens gabonais qui attendent des actions concrètes.

Le projet hydroélectrique de Booué : un test de crédibilité

Un autre dossier d’importance capitale concerne le secteur énergétique. L’État gabonais, en partenariat avec EDF Power Solutions et Gabon Power Company, a signé un accord relatif au projet hydroélectrique de Booué, situé sur le fleuve Ogooué. Cet aménagement prévoit une capacité de production de 400 mégawatts.

Ce projet vise à résoudre une problématique persistante : malgré un potentiel hydroélectrique considérable, le Gabon n’en exploite qu’une fraction limitée. La production nationale actuelle, estimée à environ 700 mégawatts, reste inférieure à une demande qui dépasse les 1 000 mégawatts.

L’accord signé à Paris marque une étape, mais le projet n’est pas encore abouti. Les partenaires se sont fixés jusqu’au 31 octobre pour finaliser un accord de développement, avec des réunions mensuelles prévues pour faire avancer le dossier. Cette échéance représente un premier jalon crucial pour évaluer la progression du projet.

Par ailleurs, le Consortium Omega, spécialisé dans les infrastructures d’eau et d’électricité, a également été reçu par le chef de l’État. Les échanges ont porté sur l’amélioration de l’accès aux réseaux, une priorité affichée par Libreville.

La présidence a communiqué sur plusieurs avancées touchant les mines, l’eau, l’énergie, la sécurité et les investissements à l’issue de cette visite. Cependant, les montants précis et les détails de certains engagements n’ont pas été divulgués, nourrissant naturellement une attente légitime.

Les Gabonais attendent des preuves tangibles

La visite à Paris a permis d’identifier des partenaires stratégiques, de définir des échéances et d’initier de nombreux chantiers : Air France pour la connectivité, Eramet et Comilog pour la valorisation du manganèse, EDF Power Solutions et Gabon Power Company pour l’énergie hydroélectrique, et le Consortium Omega pour les infrastructures d’eau et d’énergie. Mais la véritable épreuve commence maintenant.

Pour les populations, les noms des dirigeants rencontrés ne constituent pas une fin en soi. Elles aspirent à des emplois, à une énergie plus accessible, à des réseaux d’eau plus performants, à une meilleure mobilité, à une augmentation de la valeur ajoutée produite sur le territoire gabonais, et, in fine, à une amélioration concrète de leurs conditions de vie.

C’est à l’aune de ces réalisations que sera jugé le bilan effectif de cette visite présidentielle. Les protocoles esquissent une direction, les échéances fixent un calendrier, mais seuls les investissements concrétisés permettront de parler de résultats probants.

Les échéances du 31 octobre pour le projet de Booué, la perspective d’un accord aérien avant la fin de l’année et l’évolution de la feuille de route sur le manganèse seront scrutées avec la plus grande attention. La diplomatie économique ne peut se mesurer durablement au nombre de rencontres ou de documents signés ; elle doit impérativement être évaluée par son impact réel sur le quotidien des Gabonais.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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