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Gabon : la francophonie face à l’afrique, un tournant historique

Publié le 22 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Gabon : la francophonie face à l’afrique, un tournant historique

Rencontre diplomatique entre le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema et des responsables mauritaniens

Libreville — La Francophonie s’apprête à vivre un moment charnière. Pour la première fois, son avenir se négocie autant à Paris qu’à Nouakchott ou Libreville, où les capitales africaines revendiquent une place centrale dans sa gouvernance.

Écoutez cet articleEnviron 4 min

L’audience accordée à Brice Clotaire Oligui Nguema par la ministre mauritanienne de l’Environnement et du Développement durable, Messouda Baham Mohamed Laghdaf, en porte la marque. Cette rencontre, bien que protocolaire, symbolise une dynamique continentale : l’Afrique entend désormais peser sur le destin d’une organisation qu’elle considère comme la sienne.

Deux enjeux majeurs se dessinent derrière cette visite. D’abord, le renforcement des liens bilatéraux entre la Mauritanie et le Gabon, deux nations engagées dans une diplomatie proactive. Ensuite, et surtout, la promotion d’une candidature africaine à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

La Mauritanie mise sur une candidate engagée

Lors de son entretien avec le président gabonais, l’envoyée de Nouakchott a officiellement porté la candidature de la docteure Koumba Ba au poste de secrétaire générale de l’OIF. Une démarche qui s’appuie sur trois axes stratégiques : cohérence, équilibre et impact concret pour les États membres.

Cette initiative répond à une préoccupation grandissante au sein de l’espace francophone. Après des décennies centrées sur la promotion culturelle, les défis contemporains – transition numérique, formation des jeunes, souveraineté technologique, changement climatique – imposent une refonte des priorités. La Francophonie doit désormais prouver son utilité tangible, notamment pour les pays africains dont la population francophone ne cesse de croître.

L’Afrique, nouveau moteur de la Francophonie

Plus de 60 % des locuteurs français vivent aujourd’hui en Afrique, un chiffre qui pourrait atteindre 85 % d’ici 2050 selon les projections. Cette réalité démographique transforme radicalement les rapports de force au sein de l’organisation. Plusieurs États africains exigent désormais une représentation accrue dans les instances décisionnelles et une réorientation des missions de l’OIF vers des résultats concrets : développement économique, innovation, coopération régionale.

La candidature soutenue par la Mauritanie incarne cette volonté de réappropriation africaine. Elle propose une Francophonie recentrée sur les besoins immédiats des populations, notamment en matière d’éducation, d’écologie et de connectivité.

Libreville, acteur clé d’une diplomatie renouvelée

Le Gabon, sous la direction de Brice Clotaire Oligui Nguema, s’impose comme un interlocuteur de choix dans ce débat. Depuis son arrivée au pouvoir, le pays a multiplié les initiatives pour restaurer son influence régionale. Libreville mise sur une diplomatie de dialogue et de consensus, positionnant le Gabon comme un médiateur recherché sur les grands sujets africains.

Lors de cette rencontre, le président gabonais a réaffirmé son attachement à une gouvernance partagée et inclusive de la Francophonie. Une position qui s’inscrit dans la stratégie plus large du pays : renforcer ses partenariats bilatéraux, notamment avec la Mauritanie, autour de secteurs stratégiques comme l’environnement, la formation professionnelle et les échanges économiques.

Un tournant pour l’influence africaine

Cette audience transcende les relations entre le Gabon et la Mauritanie. Elle illustre une recomposition silencieuse des équilibres au sein de l’espace francophone. L’enjeu n’est plus de savoir si l’Afrique doit jouer un rôle dans la Francophonie, mais quelle vision africaine elle souhaite y imposer.

En soutenant la candidature de Koumba Ba, Nouakchott envoie un signal fort : la Francophonie de demain ne pourra ignorer les aspirations du continent. Quant au Gabon, en accueillant cette démarche, il confirme son ambition de façonner les nouvelles architectures de coopération africaine. Dans cette bataille d’influence feutrée, une chose est sûre : l’Afrique ne sera plus un simple spectateur.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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