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Fermeture controversée d’une mosquée sunnite à Ouagadougou : le pouvoir burkinabè face à son propre paradoxe

Publié le 29 mai 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

L’annonce de la fermeture administrative de la grande mosquée sunnite de Ouagadougou, décidée par le gouverneur de la région du Kadiogo, a déclenché une onde de choc dans l’opinion publique burkinabè. Derrière cette mesure spectaculaire, c’est une question politique et morale qui émerge : comment justifier l’isolement d’un lieu de culte qui a, par le passé, servi de ciment à la légitimité d’un régime ? Dans un pays où les équilibres sociaux sont aussi fragiles qu’une toile d’araignée, cette décision interroge la cohérence d’un pouvoir qui a longtemps instrumentalisé la ferveur religieuse pour asseoir son autorité.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Par un arrêté en date du 28 mai 2026, les autorités régionales ont apposé les scellés sur les portes de l’édifice, motivant leur choix par des « risques avérés de troubles à l’ordre public ». Pourtant, dans un contexte national où la sécurité est une obsession partagée, c’est moins la justification que la concomitance avec une période de tensions sociales qui pose problème. La fermeture intervient à un moment où le pouvoir en place, fragilisé par des critiques grandissantes, semble avoir oublié les alliances passées avec les communautés sunnites, dont le soutien a été déterminant dans sa montée en puissance.

Des alliés devenus encombrants ?

L’histoire récente du Burkina Faso est marquée par une symbiose entre certains pouvoirs politiques et les mouvements religieux, notamment sunnites. Ces derniers, organisés et mobilisateurs, ont fourni une base militante indispensable lors des transitions politiques, transformant les prêches en tribunes politiques et les mosquées en places fortes de l’adhésion populaire. Le paradoxe est cruel : ceux qui ont permis à un régime de se hisser au sommet se retrouvent aujourd’hui exclus de leurs propres lieux de culte, perçus comme des foyers de dissidence potentielle.

Cette rupture brutale rappelle une réalité souvent ignorée : utiliser la foi comme levier politique expose inévitablement à des retours de flamme. « On ne peut pas brandir la bannière du nationalisme religieux pour mobiliser, puis la jeter aux oubliettes dès qu’elle devient gênante », résume un observateur politique qui a suivi de près l’évolution du paysage burkinabè. La mémoire collective retient mal les services rendus quand vient le temps des comptes.

Un timing plus que risqué

Le Burkina Faso traverse une période où la cohésion sociale est mise à rude épreuve. Entre défis sécuritaires, pressions économiques et fractures politiques, chaque décision administrative est scrutée à la loupe. Dans ce contexte, fermer une mosquée sunnite majeure sous prétexte de prévention des troubles revient à jeter de l’huile sur le feu. Loin d’apaiser les tensions, cette mesure pourrait radicaliser des franges entières de la population, transformant une frustration passagère en opposition durable.

L’histoire regorge d’exemples où des décisions autoritaires, prises au nom de la stabilité, ont engendré l’effet inverse. Priver une communauté de son lieu de rassemblement centralisé, c’est lui offrir un terrain fertile pour des mobilisations clandestines, bien plus difficiles à contrôler. La précipitation de cette fermeture illustre un manque criant de finesse politique, dans un pays où la confiance entre l’État et les citoyens est déjà érodée.

Dialogue ou répression : quel avenir pour le Burkina Faso ?

La loi doit s’appliquer, mais elle ne peut ignorer les réalités sociales sans en payer le prix. Le pouvoir burkinabè a aujourd’hui le choix entre deux voies : celle de la coercition, qui risque d’aggraver les divisions, ou celle du dialogue, seul capable de rétablir un climat de confiance. Les autorités doivent comprendre que la stabilité ne se décrète pas par des arrêtés, mais se construit par l’écoute et le compromis.

En maintenant cette décision unilatérale, le gouvernement s’aliène une frange majeure de la population et s’expose à des accusations d’ingratitude. Les communautés sunnites, qui ont cru aux promesses d’une gouvernance inclusive, se sentent trahis. Il est encore temps de suspendre cette mesure et d’engager un dialogue sincère avec les leaders religieux, avant que le fossé entre l’État et une partie de ses citoyens ne devienne infranchissable. Le Burkina Faso ne peut se permettre de sacrifier sa cohésion sociale sur l’autel d’une vision politique à courte vue.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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