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Espace civique au Burkina Faso : les dérives des régimes militaires

Publié le 2 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Un durcissement inquiétant sous les juntes au Burkina Faso

Le Burkina Faso vit une période troublée où l’espace civique se réduit comme peau de chagrin. Deux événements récents illustrent cette tendance : l’arrestation de l’imam Mohamed Ishaq Kindo et la suspension de l’Union générale des étudiants du Burkina Faso (UGEB). Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large de contrôle accru par les autorités militaires en place.

Écoutez cet articleEnviron 6 min
Des partisans de l'AES brandissent un drapeau du Burkina Faso fait maison (archive de janvier 2024)

L’imam Kindo : une voix critique qui dérange

Quelques jours avant la fête de Tabaski, des témoins ont signalé l’arrestation de l’imam Mohamed Ishaq Kindo à son domicile par des forces encagoulées. Cette figure religieuse, bien connue au Burkina Faso, n’était pas un simple observateur. Comme le souligne le journaliste burkinabè Newton Ahmed Barry, en exil, il avait été un soutien initial du capitaine Ibrahim Traoré, tout en conservant un esprit critique.

L’imam Kindo s’était notamment opposé à un projet de loi visant à réguler les pratiques religieuses, en particulier les prières en public. Son arrestation a déclenché une vague de réactions, avec des manifestations spontanées, des heurts et des dizaines d’interpellations. La Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) a multiplié les appels au calme pour éviter une escalade.

Une désinformation orchestrée ?

L’émotion a été amplifiée par la diffusion d’un faux communiqué annonçant la mort de l’imam. Le procureur général a rapidement démenti cette information. Parallèlement, des vidéos circulant sur les réseaux sociaux, prétendant montrer des violences policières, ont été analysées par AfricaCheck : leurs incohérences laissent penser à une manipulation par intelligence artificielle.

Des sources locales évoquent le transfert de certains détenus vers Kaya, dans la région du Centre-Nord, où se trouve un camp militaire. Ces allégations, bien que non confirmées officiellement, alimentent les craintes d’une répression systématique.

L’UGEB dans le collimateur : la répression s’étend aux étudiants

Autre cible de taille : l’Union générale des étudiants du Burkina Faso (UGEB), suspendue pour trois mois renouvelables. Son président, Bazo Wilfried, et plusieurs membres ont été arrêtés sous l’accusation d’apologie du terrorisme et de démoralisation des forces de sécurité.

Les griefs ? L’UGEB avait critiqué la gestion de la crise sécuritaire, qualifiant la situation de « guerre civile » et pointant l’incapacité des autorités à rétablir l’ordre. Pour Mahamadou Idder Alghabid, secrétaire général adjoint de l’Alliance des démocrates du Sahel (ADS), ces accusations relèvent d’une tactique régionale.

« Accuser des étudiants désarmés d’apologie du terrorisme, c’est grotesque. Mais c’est devenu la norme au Sahel : toute contestation est étouffée sous des accusations fallacieuses de complicité avec les groupes armés. »

Une tendance alarmante dans l’AES

Le Burkina Faso n’est pas un cas isolé. Au Mali et au Niger, les régimes militaires adoptent des mesures similaires : dissolution d’associations, pressions judiciaires et restrictions croissantes des libertés. L’ADS souligne que la frontière entre critique légitime et infraction pénale s’effrite dangereusement.

Newton Ahmed Barry analyse cette stratégie comme une tentative de « traumatiser la population pour mieux la contrôler ». Il estime que les excès du pouvoir finiront par se retourner contre lui : « Une force qui abuse de la terreur s’affaiblit par ses propres excès. »

La contestation persiste malgré les risques

Malgré les arrestations, les enlèvements et les violences, des voix continuent de s’élever, souvent depuis l’étranger. Mahamadou Idder Alghabid insiste sur la résilience des opposants : « Nous savons que le combat sera long, mais chaque jour, nous gagnons du terrain. Les promesses des putschistes – souveraineté, lutte contre l’impérialisme – se sont révélées creuses. Les Sahéliens les abandonnent un à un. »

Newton Ahmed Barry partage cet optimisme : « La société burkinabè ne pliera pas. Un jour, elle réagira. »

Appel à une mobilisation internationale

Les organisations de défense des droits humains exhortent la communauté internationale à ne pas rester passive. Ilaria Allegrozzi, chercheuse sur le Sahel à Human Rights Watch, rappelle que « soutenir les espaces d’expression et les initiatives civiles est crucial. Les partenaires du Burkina Faso ne doivent pas se cacher derrière des excuses comme la prétendue contre-productivité des condamnations. Le silence et l’ambiguïté légitiment les dérives autoritaires. »

Plus largement, HRW appelle à dénoncer clairement les atteintes aux libertés et à refuser la normalisation des putschs militaires. « Confisquer le pouvoir par la force ne peut devenir une norme acceptable, pas plus que les violations flagrantes des droits humains. »

Une question de temps

Les dérives actuelles au Burkina Faso, comme dans les autres pays de l’AES, pourraient bien être le début de leur déclin. Les régimes militaires, en muselant toute opposition, risquent de saper leur propre légitimité. La société civile, elle, ne baisse pas les bras. Et c’est peut-être là que réside l’espoir d’un retour à la démocratie.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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