Épidémie d’ebola en RDC : une crise sanitaire hors de contrôle à l’est
Une propagation fulgurante dans l’est de la République démocratique du Congo
Depuis son apparition le 15 mai dernier, l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola à l’est de la République démocratique du Congo ne cesse de s’aggraver. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 4 000 cas confirmés et près de 1 850 décès, avec un taux de mortalité dépassant les 40 %. Une situation alarmante qui en fait la deuxième épidémie la plus meurtrière de l’histoire du pays, et la plus rapide à atteindre de tels bilans. Le virus Bundibugyo, responsable de cette flambée, se propage à une vitesse inédite, bien supérieure à celle observée lors des précédentes épidémies.
Pourtant, la souche Bundibugyo n’est pas une nouveauté. Selon les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies, elle avait déjà frappé la région par le passé, mais jamais avec une telle intensité. Lors des dernières grandes épidémies, il avait fallu plus de dix mois pour atteindre un bilan similaire. Aujourd’hui, ce seuil a été dépassé en moins de trois mois. Jean Kaseya, directeur général de l’Africa CDC, a d’ailleurs reconnu publiquement l’ampleur du défi : « Je ne suis pas en mesure de vous dire que nous contrôlons totalement cette épidémie aujourd’hui. »
Un environnement hostile qui entrave la lutte contre le virus
L’est de la République démocratique du Congo n’est pas un terrain propice à une riposte sanitaire efficace. La province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie, est en proie à une insécurité chronique. Les attaques répétées des ADF, un groupe armé originaire d’Ouganda, ainsi que la présence de multiples milices locales, compliquent considérablement le travail des équipes médicales. Ces groupes se disputent le contrôle des ressources naturelles et des zones stratégiques, plongeant la population dans une précarité extrême.
Le Nord-Kivu, également touché par l’épidémie, échappe en grande partie à l’autorité de Kinshasa. Depuis plus d’un an, une partie de la province est sous le contrôle du M23, un groupe armé soutenu par le Rwanda, après des combats intenses avec l’armée congolaise. Ces violences ont provoqué le déplacement de millions de personnes vers l’Ouganda, le Burundi ou d’autres régions du pays. Résultat : des conditions de vie insalubres, un accès limité aux soins et une surveillance épidémiologique défaillante au début de l’épidémie.
Le traçage des contacts, pilier de la lutte contre Ebola, reste particulièrement inefficace. À Bunia, ville au cœur de l’épidémie, 90 % des patients admis n’étaient pas des contacts suivis. Dans toute la province de l’Ituri, seuls 59 % des contacts ont pu être identifiés. Pourtant, l’Africa CDC estime que chaque cas confirmé en zone urbaine nécessite le suivi d’environ 40 contacts. Avec près de 134 400 personnes à tracer, seulement 17 500 le sont effectivement, soit 13 % de l’objectif. Pire encore : 60 % des décès surviennent en dehors des centres de santé, faute de dépistage précoce.
Des traitements et vaccins en phase de test
Face à l’urgence, des initiatives sont en cours pour endiguer la propagation. Un essai clinique pour un vaccin contre la souche Bundibugyo a débuté ce mois-ci à l’université d’Oxford. Le premier volontaire a reçu une dose, et 50 adultes participeront à l’étude pour évaluer la sécurité du produit. Parallèlement, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations finance le développement d’un autre vaccin par le laboratoire Hilleman Laboratories, avec pour objectif une production rapide et des tests en République démocratique du Congo.
En attendant, l’Africa CDC a décidé d’utiliser massivement le vaccin contre la souche Zaïre d’Ebola. Bien que différente, cette souche permet aux patients vaccinés de développer une immunité suffisante pour éviter les formes graves et le décès. Plus de 40 patients participent également à un essai évaluant une combinaison de traitements. Une autre piste prometteuse est celle du remdesivir, un antiviral dont l’efficacité a été démontrée en Ouganda, où le taux de mortalité a été limité à 10 %. « Si l’Ouganda a réussi à contenir l’épidémie, c’est grâce à l’utilisation massive du remdesivir », a souligné Jean Kaseya.
Une aide internationale tardive et insuffisante
L’un des principaux obstacles à une riposte efficace reste le manque de financement initial. Début 2025, l’administration américaine a suspendu les aides sanitaires et médicales autrefois allouées par l’USAID, affaiblissant considérablement les capacités de réponse du pays. Ce n’est que le 5 août que le département d’État américain a annoncé une enveloppe de 242 millions de dollars, portant l’aide totale à 512 millions. Un montant qui permet enfin à l’Organisation mondiale de la Santé et aux équipes locales d’accéder aux fonds nécessaires pour les six premiers mois de lutte contre l’épidémie, estimés à 518 millions de dollars.
Pourtant, ce montant reste bien inférieur aux dépenses américaines passées en matière d’aide humanitaire et sanitaire. Les États-Unis restent le premier contributeur, devant l’Union européenne. Sans un soutien international accru et rapide, l’épidémie pourrait dépasser en ampleur celle de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest, la plus meurtrière jamais enregistrée avec plus de 11 000 décès.