Décryptage des milliards non utilisés du Cameroun dans les prêts internationaux
Le port autonome de Douala, en mars 2025.

Le Cameroun dispose d’une manne financière colossale, octroyée par les grands bailleurs internationaux comme la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement. Pourtant, une partie significative de ces fonds reste inexploitée, dormant dans les caisses de l’État sans générer les retombées attendues pour l’économie nationale. Une situation qui interroge sur la gestion de ces prêts et leurs impacts réels sur le développement du pays.

À Douala, poumon économique du Cameroun, les infrastructures portuaires et logistiques peinent à suivre le rythme des ambitions nationales. En arrière-plan, des milliards de dollars de prêts destinés à moderniser ces secteurs s’accumulent, sans que les projets ne voient toujours le jour. Les retards dans les décaissements et les lourdeurs administratives freinent l’avancement des chantiers prioritaires.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les 5 milliards de dollars alloués ces cinq dernières années par les institutions financières internationales, seulement 60 % ont été effectivement mobilisés. Un écart qui s’explique par des procédures complexes, des exigences de cofinancement souvent difficiles à réunir, et un manque de coordination entre les différents acteurs publics et privés impliqués.

des prêts sous-utilisés : quelles conséquences pour l’économie camerounaise ?

L’inaction autour de ces fonds a des répercussions directes sur la croissance et l’emploi. Les secteurs de la santé, de l’éducation et des transports, censés bénéficier de ces investissements, restent sous-financés. Les infrastructures routières et énergétiques, vitales pour désenclaver les régions et attirer les investisseurs, accusent des retards préoccupants.

Les experts s’interrogent : pourquoi ces milliards ne sont-ils pas utilisés à leur plein potentiel ? Plusieurs pistes sont évoquées. D’abord, la lourdeur bureaucratique qui ralentit les processus de validation des projets. Ensuite, le manque de transparence dans l’allocation des fonds, qui favorise les détournements ou les détournements de fonds vers des projets non prioritaires. Enfin, la faible capacité d’absorption des administrations locales, incapables de monter des dossiers conformes aux exigences des bailleurs.

que faire pour débloquer ces fonds et relancer la machine économique ?

Des solutions existent, mais leur mise en œuvre reste timide. Une réforme des procédures d’attribution des prêts est indispensable pour simplifier les démarches et accélérer les décaissements. Il est également crucial de renforcer les capacités des équipes techniques en charge de la gestion de ces fonds, afin qu’elles puissent répondre aux critères exigeants des institutions internationales.

Une autre piste serait de réorienter une partie de ces fonds vers des projets déjà aboutis ou en phase finale, afin de montrer des résultats concrets et regagner la confiance des bailleurs. Une meilleure communication entre l’État, les collectivités locales et les partenaires techniques et financiers pourrait également éviter les doublons et optimiser l’utilisation des ressources.

Le Cameroun se trouve à un carrefour : soit il parvient à mobiliser ces milliards pour transformer son économie, soit il risque de voir ces opportunités s’envoler, privant les générations futures de ressources essentielles. Le temps presse, et les défis à relever sont immenses.