Crise au Mali : les appels à lever le blocus de Bamako et à protéger les civils
Le Jnim accentue la pression sur Bamako et étend son emprise dans le centre du Mali
Les rues de Bamako restent sous tension depuis près de deux semaines. Le Jnim, groupe armé djihadiste, maintient un blocus routier autour de la capitale malienne, aggravant une crise humanitaire déjà préoccupante. Les axes vitaux reliant la ville aux régions voisines sont coupés, isolant Bamako des approvisionnements essentiels. Cette situation menace directement la sécurité alimentaire et l’accès aux soins des populations civiles.
Les conséquences se font sentir jusqu’au cœur du pays. Les attaques récurrentes du Jnim et du FLA (Front de libération de l’Azawad) dans les zones centrales et septentrionales du Mali perturbent gravement la libre circulation. Les civils subissent de plein fouet les restrictions imposées par ces groupes armés.
Amnesty International alerte sur les violations des droits humains
Dans un communiqué publié ce jour, Amnesty International a vivement condamné les restrictions imposées par le Jnim. L’ONG dénonce un blocus illégal qui prive les habitants de Bamako et des régions environnantes de leurs droits fondamentaux.
« La situation actuelle est inacceptable. Les civils ont le droit de se déplacer librement et d’accéder à des ressources vitales. Le blocus aggrave leur vulnérabilité et menace leur survie. »
L’organisation rappelle que les attaques contre des convois civils non protégés constituent des violations graves du droit international humanitaire. Un incident récent illustre cette menace : un convoi de camions transportant des fruits entre Bamako et Bougouni a été ciblé par les djihadistes, malgré l’absence de personnel ou de matériel militaire.
Kidal sous contrôle rebelle : l’armée malienne intensifie ses frappes
La ville de Kidal, située dans le nord-est du pays, est désormais sous le contrôle des rebelles touareg du FLA et de leurs alliés du Jnim depuis fin avril. Les forces maliennes ont riposté en intensifiant leurs opérations aériennes, ciblant les positions tenues par ces groupes armés.
Une habitante de Kidal a témoigné de la précarité des conditions de vie : coupures d’électricité quasi quotidiennes, communications téléphoniques intermittentes avec le reste du pays, et une méfiance généralisée parmi la population. « On ne sait plus à qui faire confiance. Les informations sont contradictoires, et la peur domine. »
Les tensions s’étendent également à Gao, où les prix des denrées de base explosent. Le kilogramme d’oignon, par exemple, a doublé en quelques semaines, reflétant l’inflation et les difficultés d’approvisionnement.
Le nord et le centre du Mali : des zones sous emprise djihadiste
Plusieurs régions du centre du Mali subissent désormais la domination des groupes armés. La rive gauche du fleuve Niger, dans la région de Ségou, ainsi qu’une partie de la région de Koulikoro, sont sous contrôle djihadiste. Les écoles ferment massivement : plus de 2 300 établissements sont fermés au Mali, principalement dans le nord et le centre du pays. Les djihadistes imposent également la zakat, un impôt religieux, dans des centaines de villages.
Les analystes s’accordent à dire que les forces en présence – l’armée malienne d’un côté, le Jnim et le FLA de l’autre – se préparent à une escalade des hostilités. Abdoulaye Sounaye, chercheur spécialiste des groupes djihadistes au Sahel, souligne : « L’armée malienne et les groupes armés observent, se réorganisent et se réarment. Les populations civiles sont prises en étau. »
Dialogue ou confrontation : quel avenir pour le Mali ?
Face à l’aggravation de la crise, des voix s’élèvent pour plaider en faveur d’un dialogue national. Ahmed Ould Abdallah, du centre 4S, insiste sur la nécessité d’une ouverture politique : « Le gouvernement malien doit engager un véritable dialogue avec toutes les composantes du pays. Une crise éternelle n’est profitable à personne. »
Cependant, Bamako exclut toute négociation avec le FLA et le Jnim, qu’il qualifie de groupes terroristes. Pourtant, des discussions secrètes ont eu lieu pour faciliter l’approvisionnement du pays en carburant, révélant une certaine flexibilité dans l’approche sécuritaire.
Hervé Lankoandé Wendyam, analyste indépendant, met en lumière les dynamiques politiques sous-jacentes : « Ce qui se joue au Mali dépasse la simple crise sécuritaire. Il y a une volonté de détacher le Nord du reste du pays, et le Jnim cherche à étendre son influence. »
Pour Abdoulaye Sounaye, une issue pacifique est envisageable : « Les forces en présence devront tôt ou tard se réunir autour d’une table pour trouver un accord. La négociation reste la seule voie pour sortir de l’impasse. »