Mali : l’ong amnesty international dénonce le blocus de Bamako
Mali : l’ONG Amnesty International dénonce le blocus imposé à Bamako

L’organisation de défense des droits humains Amnesty International a alerté sur les conséquences dramatiques du blocus imposé depuis deux semaines à Bamako par les groupes armés du Jnim. Cette situation prive les habitants de la capitale malienne d’accès aux denrées essentielles et aux soins, tandis que les forces de sécurité maliennes intensifient leurs opérations militaires dans le nord du pays.
« Ce blocus constitue une violation inacceptable du droit à la libre circulation et menace directement la sécurité alimentaire ainsi que l’accès aux services de santé pour des milliers de civils », a déclaré l’ONG dans un communiqué.
Amnesty International a également dénoncé une attaque récente contre un convoi civil non escorté entre Bamako et Bougouni, ciblant des camions transportant des marchandises alimentaires. Selon l’organisation, ces véhicules ne transportaient ni personnel ni matériel militaire, ce qui souligne l’illégitimité de ces actes selon le droit international humanitaire.

L’armée malienne intensifie ses frappes sur Kidal
Dans le même temps, l’armée malienne a annoncé une escalade des frappes aériennes sur Kidal, ville du nord du pays contrôlée depuis fin avril par les rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et leurs alliés du Jnim. Les autorités militaires affirment avoir déjà mené plusieurs opérations dans cette zone, tandis que les séparatistes revendiquent la capture de 200 soldats maliens lors d’affrontements récents.
Une habitante de Kidal a confirmé à nos équipes que la ville subissait des coupures d’électricité régulières et des difficultés de communication avec le reste du pays, aggravant l’isolement de la population.
À Gao, sous contrôle gouvernemental, les habitants font face à une montée des tensions et à une méfiance généralisée. Les prix des denrées alimentaires, comme l’oignon, ont doublé en quelques semaines, mettant en lumière l’impact économique de la crise.
Une crise qui s’étend au centre du Mali
Les zones rurales du centre du Mali, notamment autour du fleuve Niger dans les régions de Ségou et Koulikoro, sont désormais sous l’emprise de groupes djihadistes. Dans ces territoires, l’administration malienne a disparu, les écoles sont fermées et les populations soumises à des taxes imposées par les insurgés.
Selon les experts, plus de 2 300 écoles sont actuellement fermées dans le pays, principalement dans le nord et le centre, privant des milliers d’enfants de leur droit à l’éducation.
« La situation actuelle révèle une volonté claire de déstabiliser l’État malien, soit par la prise de contrôle de zones stratégiques, soit par l’asphyxie économique de Bamako », explique Hervé Lankoandé Wendyam, analyste spécialisé des dynamiques sécuritaires en Afrique de l’Ouest.
« Les forces en présence semblent engagées dans une phase de réarmement et de préparation à une confrontation majeure. Les civils, eux, paient le prix fort de cette escalade », ajoute Abdoulaye Sounaye, chercheur spécialiste des groupes djihadistes au Sahel.
Face à l’aggravation de la crise, plusieurs voix appellent à un dialogue national inclusif pour trouver une issue pacifique. Ahmed Ould Abdallah, du centre 4S, souligne : « Le gouvernement malien doit ouvrir la porte à des négociations avec toutes les composantes du pays pour éviter une crise prolongée. La solution ne peut être uniquement militaire. »

« Une solution durable ne pourra émerger que si toutes les parties prenantes acceptent de s’asseoir autour d’une table. La crise au Mali est avant tout politique et nécessite une réponse négociée », conclut Abdoulaye Sounaye.