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Coopération militaire française au Tchad : le pari risqué de mahamat idriss déby

Publié le 9 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba
Afrique

coopération militaire française au Tchad : le pari risqué de mahamat idriss déby

Le retour d’officiers français à N’Djamena relance le débat sur la souveraineté tchadienne et la crédibilité du régime de Déby.

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Actualité Sahel

Un retour sous haute tension politique

Depuis la mi-avril, plusieurs officiers français ont regagné N’Djamena, marquant officiellement la reprise de la coopération militaire entre la France et le Tchad. Une décision qui, bien que présentée comme temporaire et sans déploiement de troupes permanentes, interroge sur ses conséquences pour le président Mahamat Idriss Déby Itno et sa posture souverainiste.

Paris insiste sur le caractère ponctuel de cette collaboration, limitée au partage de renseignements et à des missions de formation. Pourtant, ce rapprochement survient moins de deux ans après le retrait controversé des forces françaises, salué comme un acte de souveraineté nationale. Une contradiction qui ne manque pas de soulever des questions sur la crédibilité des discours officiels.

Souveraineté affichée vs dépendance stratégique

Lors de son accession au pouvoir, Mahamat Idriss Déby avait érigé la fin des accords militaires franco-tchadiens en symbole de la reconquête de l’indépendance du pays. Ce choix s’inscrivait dans un discours prônant l’émancipation des tutelles étrangères et le développement de partenariats équilibrés, en phase avec les aspirations panafricaines grandissantes dans la région.

Pourtant, la reprise de cette coopération, même sous une forme restreinte, pourrait être perçue comme un recul majeur. D’autant que les autorités tchadiennes avaient justifié le départ des forces françaises par l’inefficacité de ces dispositifs et la pression populaire exigeant leur départ. Un revirement qui risquerait de fragiliser la légitimité du régime, déjà mise à l’épreuve par des contestations récurrentes.

L’image du Tchad dans la région en jeu

Au cours des deux dernières années, N’Djamena a soigné son image de puissance régionale, se positionnant comme un acteur clé de la stabilisation au Sahel et en Afrique centrale. Le pays a diversifié ses partenariats et mis en avant sa capacité à répondre aux menaces sécuritaires sans recourir à l’aide extérieure.

Mais le retour sous l’influence du renseignement français pourrait altérer cette perception, donnant l’impression d’un retour en arrière. Une situation d’autant plus délicate que le départ des troupes françaises avait été présenté comme une victoire populaire, répondant à une demande sociale forte.

Un partenaire français aux relations tumultueuses

Le paradoxe est d’autant plus marqué que la France, aujourd’hui partenaire sécuritaire, a joué un rôle controversé ces dernières années. En juillet 2024, des enquêtes judiciaires françaises ont visé le président tchadien et des membres de sa famille, les accusant de détournements de fonds publics et de dépenses somptuaires. Ces dossiers, réactivés en mars 2026, ont alimenté les spéculations sur d’éventuelles sanctions financières.

Par ailleurs, Paris a accueilli en octobre 2025 le principal rassemblement de l’opposition tchadienne à Nantes, où près de vingt mouvements politiques et politico-militaires ont coordonné leur stratégie. La France a également soutenu activement Succès Masra, facilitant son transfert vers le territoire français pour des soins médicaux et médiatisant son cas au sein des institutions européennes.

Entre sécurité et crédibilité politique

Les défis sécuritaires actuels du Tchad, notamment dans la région du lac Tchad et à ses frontières orientales, sont indéniables. Mais la question reste entière : les bénéfices de cette coopération militaire justifient-ils le coût politique et symbolique pour le régime ?

Mahamat Idriss Déby a bâti une partie de sa légitimité sur un discours intransigeant en matière de souveraineté. Tout rapprochement avec la France risquerait de saper cette crédibilité et d’offrir des munitions à ses adversaires, qui pourraient remettre en cause la sincérité de son engagement souverainiste.

En conclusion, comment concilier la nécessité sécuritaire avec le risque de perdre une partie de l’opinion publique, pour qui l’indépendance vis-à-vis de la France constituait un acquis non négociable ? Une équation complexe qui teste la résilience du pouvoir en place.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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