Commission d’enquête au Sénégal : l’ombre du ministre Abdourahmane Diouf plane-t-elle sur le programme ‘un étudiant, un ordinateur’ ?

Une commission d’enquête parlementaire scrutée sous la loupe

Commission d’enquête parlementaire au Sénégal

Le ministère de l’Enseignement supérieur du Sénégal a connu trois ministres en deux ans seulement. Depuis 2017, le programme emblématique « Un étudiant, un ordinateur » cumule un budget de près de 48 milliards de francs CFA. Une commission d’enquête parlementaire, dont la création est à l’ordre du jour d’une session extraordinaire, pourrait bien redessiner l’histoire de ce dossier.

Parmi les six commissions d’enquête proposées pour la session parlementaire extraordinaire du 10 août 2026, l’une d’elles s’annonce particulièrement explosive : elle cible les dysfonctionnements dans la gestion des marchés du programme « Un étudiant, un ordinateur ». Piloté par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation depuis 2017, ce projet phare a mobilisé un budget colossal. Mais au-delà de la simple enquête, une question persiste : cette initiative ne cacherait-elle pas une volonté de mettre en cause l’ancien ministre Abdourahmane Diouf ?

Des irrégularités dénoncées depuis novembre 2025

Les tensions autour du programme remontent à plusieurs mois. Dès novembre 2025, le Premier ministre de l’époque, Ousmane Sonko, pointait du doigt des anomalies dans la gestion de certains projets éducatifs, notamment ceux supervisés par le ministère dirigé par Abdourahmane Diouf. Ce dernier avait alors réagi en appelant à la transparence, proposant même la création d’une commission parlementaire pour faire la lumière sur ces affaires. Il avait, entre autres, évoqué la construction de cinq lots universitaires avant de partager, avec Ousmane Sonko, la responsabilité des éventuelles défaillances.

Le parcours du ministère de l’Enseignement supérieur illustre d’ailleurs cette période mouvementée. En l’espace de deux ans, trois ministres se sont succédé à sa tête : Abdourahmane Diouf, puis Daouda Ngom, et enfin Boubacar Camara, en poste depuis juin 2026. Pourtant, la commission d’enquête couvre une période s’étendant de 2017 à 2026, englobant ainsi plusieurs mandats ministériels.

Un contexte politique explosif entre Sonko et Diouf

L’annonce de cette commission survient dans un climat politique particulièrement tendu. Abdourahmane Diouf, ancien membre du parti Awalé et allié historique de la coalition au pouvoir, a récemment rejoint le parti Kiiraay – Les Patriotes républicains, soutenu par le président Bassirou Diomaye Faye. Ce ralliement marque une rupture nette avec Pastef et son leader, Ousmane Sonko. Certains analystes n’hésitent pas à y voir une manœuvre politique déguisée en procédure parlementaire.

L’arrêté de convocation de cette session extraordinaire ne mentionne aucun nom précis. La commission examine les pratiques administratives de 2017 à 2026, une décennie durant laquelle plusieurs responsables politiques et fonctionnaires ont occupé des postes clés au sein du ministère. Si le calendrier de cette enquête coïncide avec le départ d’Abdourahmane Diouf vers une opposition constructive, aucun élément tangible ne permet d’affirmer, à ce jour, qu’Ousmane Sonko cherche à le « traquer » à travers cette procédure.

Seuls les résultats des travaux de la commission, une fois publiés, pourront établir les responsabilités exactes dans la gestion du programme « Un étudiant, un ordinateur ». D’ici là, le débat reste ouvert : cette initiative parlementaire est-elle une quête de vérité ou une stratégie politique ?