Colloques sur la Constitution en RDC : le pouvoir face aux étudiants et aux débats nationaux

Colloques sur la Constitution en RDC : le pouvoir face aux étudiants et aux débats nationaux

Le ministère de l’Enseignement Supérieur et Universitaire congolais organise, du 10 au 12 juin, trois colloques d’envergure à Kinshasa, Kisangani et Lubumbashi. Ces rencontres, présentées comme scientifiques, visent à analyser la Constitution de 2006 sous tous ses angles, alors que le débat sur sa réforme ou son changement s’intensifie au Parlement.

Une initiative universitaire pour éclairer les choix constitutionnels

« Vingt ans après son adoption, il est temps d’évaluer notre Constitution à l’aune des défis actuels de la République Démocratique du Congo », déclare la ministre de tutelle, Sombo Ayanne Safi Mukuna Marie-Thérèse. Les trois colloques, répartis par pôles thématiques, réuniront chercheurs, enseignants et étudiants avancés pour examiner :

  • Kinshasa : géostratégie et gouvernance ;
  • Kisangani : enjeux sociologiques et environnementaux ;
  • Lubumbashi : transition industrielle et énergétique.

L’objectif affiché ? Formuler des recommandations concrètes pour renforcer l’État de droit, la démocratie et le développement durable.

Contexte politique tendu : réforme ou changement constitutionnel ?

Le débat sur la Constitution, relancé récemment, divise profondément la classe politique congolaise. L’Union sacrée, coalition majoritaire, et son parti phare, l’UDPS, militent pour une réforme, évoquant une « Constitution piégée » inadaptée aux réalités congolaises.

Parmi les arguments avancés :

  • Des dysfonctionnements dans la gestion de l’État ;
  • La question de la nationalité ;
  • La faisabilité des élections de 2028 ;
  • La nécessité de préserver la paix face à la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda.

À l’inverse, l’opposition et plusieurs forces socio-politiques dénoncent une manœuvre pour prolonger le mandat présidentiel. Ils pointent du doigt un éventuel troisième mandat pour Félix Tshisekedi, dont le second et dernier mandat court jusqu’en janvier 2029. « Le régime actuel, avec son bilan controversé, ne mérite pas de modifier la Constitution pour se maintenir au pouvoir », affirment-ils.

Deux coalitions aux visions opposées

Le paysage politique congolais se structure désormais autour de deux bloc :

  • La Coalition Article 64 : défend l’ordre constitutionnel et s’oppose à toute réforme ;
  • La Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution : prône une révision pour adapter le texte aux réalités nationales.

Chaque camp revendique un large soutien populaire, alimentant une polémique qui dépasse le cadre académique de ces colloques.

Un rôle clé pour l’Université dans le débat national

Les organisateurs insistent sur l’importance de la participation des étudiants avancés et des chercheurs. « L’Université doit être un laboratoire d’idées et un acteur central des choix nationaux », souligne la ministre. Les recommandations issues de ces travaux pourraient influencer les discussions parlementaires, notamment après le vote d’une proposition de loi référendaire ce mardi.

Ces colloques surviennent dans un contexte où la question constitutionnelle cristallise les tensions, entre enjeux démocratiques et stratégies politiques.