Climat de méfiance croissante contre les étrangers au Sénégal
La nuit du 30 juin au 8 juillet a marqué un tournant dans la perception de l’hospitalité sénégalaise. Amadou Bangoura, étudiant béninois résidant à Dakar depuis cinq ans, se souvient encore de cette soirée où sa vie bascula en quelques minutes. Vers 22 heures, alors qu’il quittait sa salle de sport dans le quartier de Liberté 6, une patrouille de police l’a intercepté sans explication. ‘On m’a demandé mes papiers comme si j’étais un criminel’, raconte-t-il, encore sous le choc. Pourtant, son titre de séjour était parfaitement en règle.
Cette scène n’est pas isolée. Les forces de l’ordre sénégalaises ont mené une série de contrôles systématiques ciblant principalement les ressortissants d’Afrique de l’Ouest. Selon les chiffres officiels, 490 contrôles ont été effectués en une semaine, aboutissant à 36 interpellations pour séjour irrégulier. Officiellement, ces opérations visent à ‘renforcer la sécurité des personnes’, mais elles soulèvent une question cruciale : jusqu’où peut-on aller au nom de la sécurité ?
Des mesures qui érodent la réputation de la Teranga
Le Sénégal, connu pour son accueil chaleureux et sa ‘Teranga’ (hospitalité en wolof), voit son image se fissurer. Les organisations de la société civile tirent la sonnette d’alarme dans un communiqué publié mi-juillet. Elles dénoncent des ‘exigences administratives disproportionnées’, des interpellations arbitraires et des rétentions prolongées sans justification claire. ‘Ce n’est pas la politique migratoire qui pose problème, mais la normalisation d’une logique de suspicion permanente’, estiment-elles.
Amadou Bangoura n’est pas le seul à ressentir cette hostilité grandissante. Les réseaux sociaux, notamment TikTok, bruissent de discours xénophobes ciblant particulièrement la communauté guinéenne. Représentant plus de 40 % des étrangers au Sénégal, les Guinéens sont souvent accusés de ‘voler le travail des locaux’, un argumentaire proche de ceux avancés récemment en Afrique du Sud. Ces accusations infondées alimentent un climat de tension difficile à ignorer.
Un paradoxe politique à l’heure de la présidence de la CEDEAO
Ces contrôles surviennent alors que le Sénégal assure la présidence de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Un paradoxe qui interroge : comment concilier une politique de méfiance envers les étrangers avec les valeurs d’intégration régionale prônées par l’organisation ? Les observateurs s’interrogent sur la cohérence de cette approche, surtout dans un contexte où la libre circulation des personnes est censée être un pilier de l’intégration ouest-africaine.