Chefs traditionnels au Bénin : entre confiance populaire et neutralité politique attendue
Au Bénin, les chefs traditionnels occupent une position centrale dans le paysage socioculturel et institutionnel. Porteurs des valeurs ancestrales et garants de l’identité des communautés, ils bénéficient d’une légitimité incontestable auprès des populations locales. Leur rôle historique dans la résolution des conflits et la consolidation de la cohésion sociale a conduit l’État à encadrer leur statut par une loi récente.
La Loi n°2025-09 du 3 avril 2025 relative à l’organisation des chefferies traditionnelles au Bénin marque un tournant dans leur reconnaissance légale. Elle officialise la place de 16 royaumes et 90 chefferies, tout en définissant leurs missions dans les domaines socio-économiques et culturels. Cette réforme s’inscrit dans une volonté de préserver les identités locales tout en structurant leur contribution au développement national.
Un rôle politique sous surveillance
Malgré leur influence indéniable, certains chefs traditionnels ont parfois été associés à des dynamiques politiques partisanes. Des sollicitations de la part des partis, parfois assorties de compensations matérielles, ont pu altérer leur image de neutralité. Face à ces dérives, les autorités béninoises ont instauré une interdiction claire : les rois et chefs coutumiers ne doivent pas s’immiscer dans les affaires politiques partisanes.
La perception des béninois : entre admiration et méfiance
Les données d’Afrobarometer révèlent un paradoxe dans l’opinion publique béninoise. Près d’un quart des citoyens déclarent avoir sollicité l’intervention d’un chef traditionnel au cours de l’année écoulée, et une majorité écrasante leur accorde leur confiance. Leur capacité à influencer la gouvernance locale est largement reconnue, et les Béninois expriment même le souhait de renforcer leur rôle dans ce domaine.
Cependant, cette confiance est tempérée par des inquiétudes grandissantes. Près de 75 % des répondants estiment que certains chefs traditionnels sont impliqués dans des affaires de corruption, une perception qui s’est amplifiée depuis 2022. Le niveau de confiance envers ces figures a également reculé par rapport à 2020, reflétant une défiance croissante.
Une neutralité politique exigée par la population
Malgré leur influence avérée, la majorité des Béninois souhaitent que les chefs traditionnels se tiennent à l’écart de la politique partisane. Pour les citoyens, leur légitimité doit reposer sur leur rôle de médiateurs et de gardiens des traditions, et non sur des alliances avec des formations politiques. L’intégrité et la transparence apparaissent désormais comme des conditions essentielles pour préserver leur statut privilégié.