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Ce que les poursuites contre Abdrahamane Keïta changent pour les journalistes au Mali

Publié le 7 septembre 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Les autorités militaires à Bamako intensifient leur contrôle sur les médias indépendants en ciblant directement les journalistes critiques. La récente convocation d’Abdrahamane Keïta devant le Pôle judiciaire spécialisé de lutte contre la cybercriminalité illustre cette dynamique de censure. Il est reproché à ce professionnel des médias d’avoir analysé avec lucidité la détérioration de la sécurité à Kidal et les difficultés rencontrées sur le terrain par les forces armées nationales.

Écoutez cet articleEnviron 3 min

Face aux inquiétudes légitimes des citoyens concernant l’instabilité dans le nord du pays, le pouvoir de transition choisit la judiciarisation plutôt que le dialogue. En s’appuyant sur les lois relatives à la cybercriminalité, les autorités cherchent à étouffer le débat public et à imposer un silence absolu sur la gestion stratégique de la crise sécuritaire.

Une stratégie globale de mise au silence des voix critiques

  • Au Mali, cette politique restrictive s’est déjà traduite par le maintien en détention de figures publiques majeures. Le chroniqueur Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath, reste privé de liberté en raison de ses déclarations. De même, l’universitaire Étienne Fakaba Sissoko purge une peine de prison ferme suite à la parution d’un livre remettant en cause la communication officielle. L’activiste Rokia Doumbia a également été incarcérée après s’être exprimée sur la cherté de la vie et la conduite des affaires publiques, tandis que des personnalités comme Clément Dembélé ont été confrontées à des arrestations brutales et de brèves disparitions.
  • Cette tendance répressive dépasse les frontières maliennes pour toucher d’autres nations de la région sahélienne. Au Burkina Faso, des journalistes et analystes à l’instar de Serge Oulon, Alain Traoré ou Kalifara Séré ont subi des enlèvements ou des conscriptions forcées pour être envoyés au front après avoir exprimé des doutes sur la stratégie militaire. Au Niger, des journalistes chevronnés comme Moussa Kaka font face à un harcèlement continu et à des interpellations récurrentes.

L’analyse indépendante assimilée à une trahison

Le traitement réservé aux professionnels de l’information met en lumière un mécanisme bien établi : assimiler toute perspective divergente de la propagande étatique à une volonté de saper le moral des soldats ou à une atteinte à la sûreté nationale. Devant les difficultés croissantes sur le terrain, les dirigeants de la transition refusent systématiquement la contradiction, rendant l’exercice du journalisme d’investigation quasiment impossible.

Un espace médiatique plongé dans la terreur

Cette procédure s’ajoute à un climat général d’intimidation visant à éliminer toute forme d’opposition intellectuelle. Entre convocations policières régulières, détentions arbitraires et fermetures de médias, le quotidien des journalistes indépendants est devenu extrêmement précaire. En ciblant un reporter pour son travail sur la situation réelle à Kidal, le pouvoir montre ses fragilités et sa détermination à couper les citoyens de toute information non contrôlée.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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