CAN 2025 : le retrait du trophée au Sénégal et le rôle crucial du Tribunal arbitral du sport
Une nouvelle retentissante secoue le monde du football africain et, plus particulièrement, les supporters sénégalais. Deux mois après avoir soulevé sa deuxième Coupe d’Afrique des Nations sur le sol marocain, la Confédération africaine de football (CAF) a décidé de retirer le prestigieux trophée aux Lions de la Téranga, vainqueurs du Maroc en finale sur un score de 1-0.
Par une délibération de son Jury d’Appel, l’instance juridictionnelle a prononcé le forfait du Sénégal, désignant ainsi le Maroc comme lauréat de la Coupe d’Afrique 2025.
Une onde de choc médiatique et émotionnelle

Crédit photo, . Photo by NICOLAS REMENE / AFP via Getty Images
Ce revirement inattendu fait la une de tous les journaux sénégalais ce mercredi et a enflammé les débats sur les plateaux télévisés et les réseaux sociaux dès mardi soir, où l’amertume des supporters est palpable. À l’échelle internationale, les médias sportifs ont largement relayé cette décision surprenante de la CAF.
L’actualité footballistique africaine est dominée par cette annonce depuis la diffusion du communiqué de la Commission d’Appel de la CAF. Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur le laps de temps écoulé – deux mois après la finale de la CAN 2025, la remise officielle du trophée et les célébrations – pour rendre une telle décision. Samir Nasri, consultant sur Canal +, a d’ailleurs ironisé sur ce délai : « pourquoi maintenant deux mois ? Il fallait attendre 2035 alors. »
Décryptage du communiqué officiel de la CAF

Crédit photo, (Photo by Paul ELLIS / AFP via Getty Images)
Le communiqué, diffusé mardi, indique que le Jury d’Appel de la Confédération africaine de football a statué, en vertu de l’article 84 du Règlement de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), de déclarer l’équipe nationale du Sénégal « forfait » pour la finale de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025. Le résultat est ainsi homologué sur un score de 3-0 en faveur de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF).
L’instance estime que la Fédération Sénégalaise de Football (FSF), par le comportement de son équipe, a violé l’article 82 du Règlement de la Coupe d’Afrique des Nations. En conséquence, et conformément à l’article 84, le Sénégal est déclaré perdant du match avec un score de 3-0 en faveur du Maroc.
Les articles 82 et 84 du règlement de la CAF en lumière
La décision de retirer le trophée au Sénégal, deux mois après la finale perdue par le Maroc, s’appuie sur les articles 82 et 84 du règlement de la Confédération africaine de football.
- L’article 82 stipule qu’« si, pour n’importe quelle raison, une équipe se retire de la compétition ou ne se présente pas à un match, ou refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours. Il en est de même pour les équipes préalablement disqualifiées par décision de la CAF. »
- L’article 84 précise que « l’équipe qui enfreint les dispositions des articles 82 et 83 sera définitivement exclue de la compétition. Elle perd le match 3-0. Si l’équipe adverse menait par un score plus avantageux au moment de l’arrêt du match, le score sera maintenu. D’autres mesures pourront être prises par la Commission d’organisation. »
- L’article 83, quant à lui, ajoute qu’« une équipe qui ne se présentera pas sur le terrain en tenue de jeu à l’heure fixée pour le coup d’envoi, ou tout au plus quinze (15) minutes plus tard, sera déclarée forfait. L’arbitre est tenu d’enregistrer l’absence de l’équipe et de la noter sur son rapport. Le cas sera soumis à la Commission d’organisation qui prendra une décision finale. »
Dans son communiqué, la Commission d’Appel de la CAF a également signifié l’annulation de la décision rendue en première instance par la Commission de discipline.
Les organes juridiques de la CAF : un aperçu

Crédit photo, (Photo : Ulrik Pedersen/NurPhoto via Getty Images)
Comme toute organisation footballistique majeure, la CAF est dotée de deux entités juridiques principales chargées de garantir le respect de ses règlements. D’une part, la Commission de discipline agit en première instance pour les sanctions disciplinaires et financières relatives aux compétitions. D’autre part, le Jury d’Appel (ou Commission d’appel) est l’organe de seconde instance, statuant sur les recours.
Rôle et compétences des instances juridiques de la CAF
La Commission de discipline de la CAF est l’organe judiciaire qui assure l’application des règlements et sanctionne les comportements contraires à l’éthique sportive et à l’intégrité du football africain. Ses missions incluent :
- L’examen des rapports d’arbitres et des enregistrements vidéo d’incidents survenus lors des matchs.
- La vérification des infractions au Code disciplinaire de la CAF (comportement antisportif, interactions avec les officiels, gestes inappropriés, perturbations, usage d’objets, etc.).
- La prononciation de sanctions telles que suspensions, amendes, défaites par forfait ou autres mesures, en conformité avec les règlements.
Fonctionnement de la Commission de discipline
La Commission de discipline, en tant qu’organe juridique de la CAF, est chargée d’examiner les faits liés aux compétitions sportives. Elle est généralement convoquée rapidement après un incident afin de statuer sans tarder, préservant ainsi l’intégrité des compétitions. Son processus est contradictoire : elle analyse les faits, convoque les parties concernées, entend les arguments de la défense, puis délibère. Elle s’appuie sur les rapports des arbitres, des commissaires de match de la CAF, des preuves vidéo, et parfois des plaintes officielles émanant d’une fédération ou de la CAF elle-même. Elle peut également s’auto-saisir pour des cas graves. Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée sans rapport écrit ou preuve concrète.
Fonctionnement de la Commission d’appel
Le Jury d’Appel, ou Commission d’appel de la Confédération africaine de football, est une chambre de juridiction sportive de second niveau. Elle se réunit de manière ponctuelle pour résoudre les litiges disciplinaires liés aux compétitions sportives. Ses sessions sont organisées suite aux recours déposés par l’une des parties, dans le but de réexaminer les décisions prises par la Commission de discipline de la CAF. La fréquence de ses réunions est dictée par l’urgence des affaires. Les décisions du Jury d’appel sont rendues après une analyse approfondie des dossiers d’appel, généralement dans les six jours suivant la contestation.
Composition de la Commission d’appel de la CAF
À l’instar de la Commission de discipline, la Commission d’appel est constituée de neuf membres. Elle est actuellement présidée par la Nigériane Roli Daibo Harriman, assistée par le vice-président, le Cap-verdien Faustino Varela Monteiro. Le jury comprend également des représentants de la Tunisie, du Togo, du Malawi, de la Namibie, de la Mauritanie, de Djibouti et de la République Démocratique du Congo.
Les motifs du recours marocain

Crédit photo, Torbjorn Tande/DeFodi Images/DeFodi via Getty Images
Le 3 février dernier, la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) avait officiellement annoncé son intention de déposer un recours contre les sanctions initialement prononcées par la Commission de discipline de la CAF. Ces sanctions faisaient suite aux incidents survenus lors de la finale de la CAN, disputée le dimanche 18 janvier 2026, entre le Maroc et le Sénégal.
La Fédération marocaine avait jugé que « les sanctions infligées ne sont pas à la hauteur de la gravité des faits constatés. Ces événements comprennent notamment le retrait des joueurs et des membres du staff de la sélection sénégalaise, l’envahissement de la pelouse par leurs supporters, ainsi que les scènes de chaos et de violences qui ont suivi. »
Le Sénégal se tourne vers le Tribunal Arbitral du Sport (TAS)

Crédit photo, NICOLAS REMENE / AFP via Getty Images
Face à cette décision, le Sénégal a choisi de saisir le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), l’institution arbitrale suprême pour la résolution des litiges sportifs au niveau international. La Fédération Sénégalaise de Football dispose d’un délai de dix jours pour soumettre son dossier au TAS, qui définira ensuite la procédure à suivre.
Le TAS est une entité indépendante, créée en 1984, dont la mission est de résoudre les différends sportifs à l’échelle mondiale. Il a établi des règles de procédure spécifiques pour garantir des décisions impartiales via l’arbitrage et la médiation. Le tribunal s’appuie sur environ 340 arbitres, issus de 84 pays, tous reconnus pour leur expertise en droit du sport. Chaque arbitre s’engage à être impartial et indépendant des parties, avec l’obligation de signaler toute situation susceptible de compromettre cette indépendance.
Basé à Lausanne, en Suisse, le TAS traite les appels contre les décisions des fédérations de football, des confédérations comme la CAF, l’UEFA, ainsi que d’organisations telles que la FIFA ou le Comité International Olympique (CIO). Les délais de décision du TAS varient : certaines procédures ad hoc peuvent être réglées en 24 à 48 heures, tandis que des affaires plus complexes peuvent prendre de 45 jours à plusieurs mois.
L’autorité des décisions du TAS
Les jugements rendus par le TAS sont définitifs et mettent un terme aux procédures judiciaires devant les tribunaux sportifs. Leur verdict est contraignant pour toutes les parties impliquées. Comme l’indique l’instance sur son site, la sentence du TAS « n’est susceptible d’aucun recours dans la mesure où les parties n’ont ni domicile, ni résidence habituelle, ni établissement en Suisse et ont expressément renoncé au recours dans la convention d’arbitrage ou dans un accord écrit conclu ultérieurement, notamment en début de procédure. »