Cameroun : l’absence prolongée de Paul Biya, un silence qui interroge
Cameroun: l'absence prolongée de Paul Biya continue de susciter interrogations et inquiétudes

La scène politique camerounaise est marquée par une situation sans précédent : l’absence prolongée du président Paul Biya. Deux mois se sont écoulés depuis son départ du territoire, un événement d’autant plus singulier qu’il intervient seulement huit mois après son investiture pour un huitième mandat consécutif, suscitant de nombreuses interrogations au sein de la population.

Pourtant, cette absence, bien qu’inhabituelle, est jugée légale par Benoit Ndong Soumeth, ministre chargé de mission à la Présidence. Il affirme : « Une population peut par affectivité ressentir le besoin de savoir ce qui arrive à son dirigeant. Le ministre directeur du Cabinet civil a répondu que tout va bien. Sa réponse est la plus valable pour rassurer tout le monde. Il n’y a aucun problème. Nous ne sommes pas en situation d’exception ni d’urgence ». Une déclaration visant à apaiser les esprits face aux rumeurs et aux inquiétudes.

Cependant, cette position est loin de faire l’unanimité. Pour Roger Justin Noah, secrétaire général adjoint numéro un et secrétaire national à la communication par intérim du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), parti d’opposition dirigé par Maurice Kamto, le manque de transparence entourant le séjour européen du président Paul Biya constitue un profond manque de respect envers les citoyens camerounais.

Le peuple camerounais a le droit d’être informé

Roger Justin Noah s’interroge avec véhémence sur les motivations de cette longue absence : « Pourquoi avoir faussé le jeu électoral pour aller passer des semaines et des semaines hors de notre pays ? S’il se trouve qu’il a des problèmes de santé, le peuple camerounais a le droit d’en être informé, il n’y a pas lieu d’entretenir de l’ambiguïté autour de l’état de santé du président de la République ». Une exigence de clarté qui résonne dans une partie de l’opinion publique.

D’autres voix de l’opposition, comme celle de Cabral Libii, classé troisième lors de la présidentielle d’octobre sous la bannière du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), estiment que cette controverse est superflue. Selon lui, le véritable enjeu se situe à l’horizon du premier trimestre 2027. « Moi je suis de ceux qui pensent qu’il n’y a pas de grande différence entre son séjour à l’étranger et son séjour au Cameroun. Quel que soit le bout par lequel on prend, du point de vue de la légalité, au Cameroun, il y a actuellement un vide juridique et moi je dis aux uns et aux autres, nous approchons des législatives et des municipales, allons massivement voter contre ce régime », a-t-il déclaré, appelant à une mobilisation électorale.

Le député du PCRN envisage un changement de majorité comme la voie pour réformer les textes législatifs encadrant les déplacements présidentiels à l’étranger, espérant ainsi instaurer une plus grande transparence et responsabilité dans la gouvernance du Cameroun.