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Cameroun : la militarisation du pouvoir sous l’absence troublante de Paul Biya

Publié le 4 août 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Cameroun : la militarisation du pouvoir sous l’absence troublante de Paul Biya

Alors que le président Paul Biya n’a plus été vu en public depuis 57 jours, des nominations militaires controversées ravivent les craintes d’une succession ethnique et d’une instabilité politique au Cameroun.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Un silence inhabituel entoure la présidence camerounaise. Depuis son départ pour un « court séjour privé » en Suisse le 7 juin 2026, le chef de l’État, âgé de 93 ans, n’a plus fait d’apparition publique. Pendant ce temps, des décrets militaires redessinent en profondeur la hiérarchie de l’armée camerounaise, nommant de nouveaux généraux et commandants stratégiques.

Une absence qui s’éternise et nourrit les spéculations

Officiellement, Paul Biya serait toujours « en vie » et son retour imminent. Pourtant, les déclarations rassurantes de René Sadi, porte-parole du gouvernement, peinent à convaincre. Les rumeurs s’intensifient : une opération chirurgicale au genou début juillet, puis des complications postopératoires. Une certitude persiste : le président camerounais n’a pas été vu depuis près de deux mois.

Roger Justin Noah, secrétaire général du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), s’interroge : « Pourquoi avoir modifié les règles électorales pour s’éloigner si longtemps du pays ? Si des problèmes de santé existent, le peuple camerounais doit être informé. »

Des nominations militaires qui alarment

Le 3 août 2026, un décret présidentiel (n°2026/265) a nommé le général de brigade Beko’o Abondo Raymond Jean Charles à la tête de la Garde présidentielle. Ce poste, chargé de la protection rapprochée du chef de l’État, est l’un des plus sensibles du pays. Mais ce n’est pas un changement isolé :

  • Cinq nouveaux généraux de brigade ont été promus,
  • Le général de division Ebaka Hippolyte a été nommé major général de l’état-major des armées,
  • Six commandants territoriaux ont été désignés dans quatre régions militaires sur cinq.

Un colonel à la retraite, sous couvert d’anonymat, souligne : « Aucune nomination d’une telle ampleur ne peut être validée sans l’aval du président. »

Une réorganisation qui questionne les intentions réelles

Chaque nomination pourrait s’expliquer individuellement. Mais leur accumulation, leur calendrier et leur adoption sans attendre le retour de Paul Biya alimentent les craintes d’une préparation de succession par la force. Qui, dès lors, dirige vraiment la sécurité de l’État en son absence ?

La révision constitutionnelle d’avril 2026, créant le poste de vice-président, aurait pu sécuriser la transition. Pourtant, ce poste reste vacant. Résultat : le Cameroun se trouve dans une impasse institutionnelle, où la lutte pour le contrôle du pouvoir s’intensifie.

Deux clans s’affrontent dans l’ombre

Dans les coulisses du palais d’Etoudi, deux factions s’opposent :

  • Le clan familial : autour de Franck Biya, fils aîné du président, perçu comme le garant de la continuité du régime,
  • Le clan de la Première Dame : mené par Chantal Biya et Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la Présidence, détenteur d’un pouvoir considérable.

Cette rivalité, couplée à une militarisation croissante de l’État, fait craindre une instrumentalisation ethnique de l’armée, comme ce fut le cas au Rwanda en 1994. Une perspective effrayante pour un pays où les tensions communautaires menacent déjà la cohésion nationale.

L’opposition exige des réponses

Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto ne reste pas inactif. Des députés ont demandé au Conseil constitutionnel de constater la vacance du pouvoir. Jean-Michel Nintcheu, député, a lancé : « Le Conseil constitutionnel doit reconnaître l’incapacité à gouverner et acter la vacance au sommet de l’État. »

Pourtant, sans vice-président en poste, la procédure de succession ne peut être engagée. Le Cameroun est enlisé dans une paralysie institutionnelle.

Un silence qui alimente les doutes

Pourquoi procéder à des nominations aussi sensibles en l’absence du président ? Jean-Pierre Bekolo, analyste politique, interroge : « Si son retour est imminent, pourquoi ne pas attendre pour des décisions engageant l’équilibre de l’État ? »

Une hypothèse, jamais formulée ouvertement, circule : et si ceux qui signent ces décrets savaient déjà que le président ne reviendrait pas ? Les signatures et formulations des décrets alimentent les suspicions. Le gouvernement a dû démentir des rumeurs de faux documents, mais le doute persiste.

Les leviers pour éviter l’embrasement

Le Cameroun se trouve à un carrefour. Plusieurs actions pourraient encore désamorcer la crise :

  • La transparence : communiquer clairement sur l’état de santé de Paul Biya et son calendrier de retour,
  • Le dialogue national : organiser une concertation entre les forces politiques pour apaiser les tensions ethniques,
  • La nomination d’un vice-président : pour sécuriser la succession et restaurer la confiance dans les institutions.

Jean-Pierre Bekolo conclut : « L’histoire retiendra non seulement les actes, mais aussi les silences et les aveuglements. »

Le Cameroun a accepté l’inacceptable pendant 43 ans. Mais ses citoyens ne toléreront plus ceux qui jouent avec le feu dans l’ombre. « Arrêtez de jouer avec le feu ! Demain, il pourrait être trop tard. »

Par Zara Hassane — Grand reporter

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