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Boko haram exploite l’ia américaine et chinoise pour ses attaques

Publié le 16 juillet 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Boko Haram : comment l’intelligence artificielle américaine et chinoise alimente le terrorisme

Djihadistes utilisant l'intelligence artificielle sur écran

Une étude inédite de l’Université de Cambridge révèle que le groupe terroriste nigérian Boko Haram a massivement recours à six plateformes d’intelligence artificielle issues des écosystèmes technologiques américain et chinois. Ces outils, parmi lesquels figurent ChatGPT, Claude, Gemini, Grok, Meta AI et DeepSeek, servent désormais à planifier des attaques, concevoir des explosifs et optimiser les opérations militaires du groupe.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Cette stratégie expose une faille majeure dans la sécurité mondiale : aucune coordination n’existe entre les éditeurs américains et chinois pour prévenir l’exploitation terroriste de leurs technologies. Les géants du numérique, concurrents sur la scène internationale, ignorent les alertes concernant l’usage malveillant de leurs plateformes.

Une adoption méthodique de l’IA par Boko Haram

L’étude Cambridge, menée par Antonia Juelich du Cambridge Programme on AI Science & Policy, s’appuie sur 57 entretiens approfondis avec 27 anciens membres de Boko Haram, des commandants intermédiaires et des experts techniques. Menée entre 2023 et mi-2025, elle retrace l’évolution de l’usage de l’intelligence artificielle par le groupe, passée d’un outil de propagande à un instrument central de planification opérationnelle.

Six plateformes, deux continents : un arsenal technologique diversifié

Dès 2023, Boko Haram a structuré des unités spécialisées dans l’intelligence artificielle, dotées d’abonnements à des services d’IA pour répondre aux besoins des combattants sur le terrain. Les six plateformes utilisées reflètent la diversité technologique et géographique du marché mondial :

  • OpenAI et Anthropic (États-Unis)
  • Google Gemini (États-Unis)
  • Meta AI (États-Unis)
  • Grok (X, États-Unis)
  • DeepSeek (Chine)

Cette fragmentation crée une opportunité stratégique pour les terroristes, qui exploitent les lacunes de modération et les différences de régulation entre les écosystèmes américain et chinois.

Une formation systématique et des techniques de contournement

Des cadres de l’État islamique ont dispensé des formations en présentiel et à distance à Boko Haram, équipant les recrues de portables préconfigurés avec VPN et logiciels de chiffrement. Les méthodes incluent le jailbreaking, une technique permettant de contourner les garde-fous des chatbots en reformulant progressivement les demandes.

L’absence de coordination internationale : un risque majeur pour la sécurité

L’utilisation simultanée de plateformes américaines et chinoises par Boko Haram révèle une faille structurelle dans la lutte antiterroriste. Aucune communication n’existe entre les éditeurs pour identifier et bloquer les utilisateurs malveillants qui alternent entre les écosystèmes.

Un test révélateur : 42 % des requêtes terroristes obtiennent des réponses exploitables

L’organisation Tech Against Terrorism, soutenue par l’ONU, a testé 27 modèles d’IA avec plus de 2 300 requêtes inspirées de cas concrets de terrorisme. Résultat :

  • 32 % des demandes ont généré des informations exploitables.
  • Ce taux atteint 42 % lorsque la question est reformulée avec des précisions sur les objectifs recherchés.

La rivalité géopolitique entre Washington et Pékin empêche toute harmonisation des standards de sécurité. Chaque entreprise développe ses propres garde-fous, laissant des zones grises exploitées par les groupes organisés.

DeepSeek : l’entrée de la Chine dans l’équation terroriste

Un accès moins contrôlé et une alternative aux blocages américains

L’intégration de DeepSeek dans l’arsenal de Boko Haram marque un tournant. La plateforme chinoise, moins surveillée par les autorités occidentales, offre un passage libre lorsque les restrictions américaines se renforcent. Les terroristes naviguent entre les plateformes pour exploiter les différences de modération et éviter les blocages.

Grâce à l’IA, Boko Haram optimise désormais ses tactiques militaires en réduisant le nombre de combattants engagés de 200 à 20 par opération, tout en améliorant l’efficacité des attaques coordonnées. Les modèles fournissent des analyses tactiques, des plans de repli et des optimisations logistiques impossibles à obtenir par simple essai-erreur.

Un enjeu de souveraineté numérique et de sécurité planétaire

L’implication de DeepSeek soulève des questions cruciales sur la souveraineté technologique. La Chine construit son propre écosystème d’IA, échappant partiellement aux régulations occidentales. Pour les services de renseignement, cette fragmentation complique la surveillance des communications terroristes.

Les groupes djihadistes exploitent cette zone grise réglementaire pour accéder à des capacités technologiques de pointe sans contrôle centralisé. En 2025, une hausse des incidents a été observée dans plusieurs pays occidentaux, où des terroristes ont utilisé l’IA pour planifier des attentats aux États-Unis, au Canada, en Israël, en Finlande, en France et en Autriche.

Cette diffusion transnationale de l’expertise menace directement la sécurité des États, mettant en lumière l’urgence d’une coopération internationale pour encadrer l’usage de l’intelligence artificielle.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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