Une étude inédite révèle que des factions de Boko Haram exploitent désormais des outils d’intelligence artificielle générative pour optimiser leurs opérations dans le nord-est du Nigeria. Menée par l’Université de Cambridge, cette enquête met en lumière une transformation stratégique de l’organisation terroriste, qui dépasse désormais le simple cadre de la propagande.

L’IA, un levier opérationnel pour les groupes armés

Les Province de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) et Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati wal-Jihad (JAS) seraient les deux principales factions de Boko Haram à avoir intégré ces technologies. Selon les témoignages de 27 anciens membres interrogés entre 2025 et 2026, l’usage de l’IA aurait débuté dès 2023, peu après la démocratisation des plateformes comme ChatGPT, Claude, Gemini, Grok, Meta AI et DeepSeek.

Les applications dépassent largement la création de contenus. Les systèmes d’IA seraient utilisés pour :

  • Planifier des attaques et organiser des déplacements ;
  • Résoudre des problèmes logistiques et techniques ;
  • Analyser les échecs d’opérations passées pour en améliorer l’efficacité ;
  • Concevoir des engins explosifs et renforcer la sécurité des opérations ;
  • Accélérer l’accès à des connaissances spécialisées, réduisant des jours de recherche à quelques minutes.

Certains combattants auraient même contourné les restrictions des plateformes en reformulant leurs requêtes ou en utilisant plusieurs services simultanément, comme le rapport l’indique clairement.

Des cellules dédiées formées avec l’aide de Daesh

Pour institutionnaliser cette utilisation, des unités spécialisées auraient été créées au sein des factions. Composées de membres aux compétences variées (ingénierie, armement, explosifs), ces cellules servent de relais entre les combattants sur le terrain et les outils d’IA. Les questions techniques sont transmises à ces équipes, qui interrogent ensuite plusieurs plateformes avant de diffuser les réponses jugées pertinentes.

L’accès aux équipements et aux abonnements serait strictement contrôlé, limitant l’utilisation aux membres fiables pour éviter les fuites ou les surveillances. Cette approche reflète une volonté de professionnalisation, encouragée par des instructeurs liés au réseau de Daesh. Ces derniers auraient non seulement dispensé des formations en présentiel et à distance, mais aussi fourni du matériel informatique, des logiciels de chiffrement et des accès payants à des plateformes.

Les formations portaient sur le fonctionnement des outils, les techniques de formulation des requêtes et les méthodes pour contourner les protections intégrées aux systèmes. Une fois acquises, ces connaissances se sont propagées au sein des différentes unités de Boko Haram.

Des limites méthodologiques à considérer

Malgré ces révélations, l’étude souligne plusieurs réserves. Les conclusions reposent principalement sur les déclarations d’anciens cadres intermédiaires, sans vérification indépendante des usages rapportés. De plus, les modèles d’IA peuvent générer des informations inexactes ou inapplicables, limitant leur fiabilité dans un contexte opérationnel réel.

Cependant, l’intelligence artificielle devient un enjeu de sécurité majeur. Son accessibilité réduit les barrières techniques pour des groupes armés disposant de moyens limités, posant un défi de taille pour les autorités et les entreprises technologiques. La détection des usages malveillants et le renforcement des dispositifs de protection deviennent des priorités.

Les auteurs du rapport appellent ainsi à une collaboration accrue entre développeurs, autorités publiques et services de sécurité pour anticiper ces nouvelles menaces. La question n’est plus de savoir si les groupes armés utiliseront ces outils, mais comment limiter leur impact destructeur.