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Blocus du bétail au Burkina Faso : entre soutien aux consommateurs et asphyxie des éleveurs avant Tabaski

Publié le 26 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

À l’approche de la Tabaski, le Burkina Faso a choisi de fermer les vannes de l’exportation de son bétail, un coup de poker aux conséquences économiques et sociales lourdes. Derrière cette mesure, une volonté affichée de protéger le portefeuille des ménages urbains, mais qui se retourne contre les acteurs ruraux, déjà malmenés par une crise sécuritaire persistante.

Écoutez cet articleEnviron 4 min

Un paradoxe économique : nourrir les villes au détriment des campagnes

L’objectif affiché par les autorités est clair : stabiliser les prix du mouton pour les consommateurs de Ouagadougou et des grandes villes, où la demande explose pendant les fêtes. Pourtant, cette politique a un revers cruel. Les éleveurs, principal maillon de la filière, se retrouvent pris en étau entre des coûts de production en hausse et des débouchés commerciaux réduits.

Déjà victimes de vols répétés, de la dégradation des pâturages et de l’inflation des intrants, ces producteurs voient s’effondrer leurs revenus. Le Burkina Faso, traditionnellement exportateur vers des pays comme la Côte d’Ivoire ou le Bénin, se prive ainsi d’une manne financière essentielle. Résultat : les campagnes, déjà fragilisées, paient le prix fort d’une mesure censée les aider.

Un marché local capable d’absorber la production ?

Le gouvernement mise sur la saturation du marché intérieur pour écouler l’offre. Mais la réalité est plus complexe. La Tabaski est un événement ponctuel, et les infrastructures locales peinent à absorber un surplus soudain de bétail. Les abattoirs modernes, bien que prometteurs sur le long terme, ne sont pas encore opérationnels à grande échelle.

Sans débouchés exportateurs, les éleveurs se retrouvent contraints de vendre à perte ou de garder leurs bêtes, avec un coût de maintenance quotidien qui pèse sur leurs finances. À moyen terme, c’est toute la filière qui risque l’asphyxie, faute de liquidités et de visibilité économique.

Une stratégie à double tranchant

L’État mise sur une transformation locale accrue de la viande pour relancer la filière. Une ambition louable, mais qui demande des investissements massifs et une coordination sans faille. En attendant, les éleveurs, privés de leurs revenus habituels, pourraient abandonner le secteur, aggravant la crise alimentaire et économique.

Un isolat économique aux conséquences régionales

Cette décision illustre une tendance inquiétante : le Burkina Faso semble prêt à sacrifier ses alliances régionales pour des considérations de souveraineté immédiate. En bloquant ses exportations, le pays utilise son bétail comme une arme politique, mais au prix d’une rupture avec des partenaires historiques comme la Côte d’Ivoire ou le Bénin.

Ces derniers, contraints de se tourner vers d’autres fournisseurs comme la Mauritanie, pourraient bien s’affranchir définitivement des importations burkinabè. À long terme, le Burkina Faso risque de perdre des parts de marché stratégiques, tout en fragilisant son intégration dans l’espace économique ouest-africain. Une stratégie risquée, qui menace autant les éleveurs que l’équilibre macroéconomique du pays.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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