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Biashara afrika 3 : Lomé sous les projecteurs après un couac à l’aéroport

Publié le 18 mai 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Lomé a offert un spectacle inattendu lors de l’ouverture du Biashara Afrika 3, troisième édition du forum panafricain dédié aux opportunités économiques du continent. Alors que les discours sur l’intégration africaine et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) fusaient, un incident à l’aéroport international Gnassingbé Eyadéma a transformé la cérémonie en un véritable cas d’école.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Les participants, venus célébrer un marché unique de 1,4 milliard de consommateurs, ont assisté à une démonstration des contradictions administratives qui minent les ambitions panafricaines. Une anecdote administrative a suffi à rappeler que les promesses de libre circulation restent souvent lettre morte.

L’humiliation des passeports africains à Lomé

L’ambiance était à l’optimisme partagé lorsque la ministre nigériane de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement, Dr Jumoke Oduwole, a pris la parole devant un parterre de dirigeants et d’investisseurs. Au lieu de vanter les mérites de la ZLECAf, elle a choisi de raconter une histoire édifiante : celle de deux entrepreneurs nigérian et ghanéen, fraîchement arrivés d’Europe, bloqués à l’aéroport de Lomé pour une raison aussi absurde qu’inattendue.

Leur seul tort ? Présenter des passeports nationaux issus de l’espace CEDEAO, censé garantir la libre circulation depuis 1970. Refus catégorique des services de l’immigration togolais : accès refusé. Pour fouler le sol de Lomé, les deux hommes d’affaires ont dû user d’un subterfuge, brandissant un passeport européen pour obtenir un visa temporaire de 24 heures.

Leur réaction a été immédiate et sans appel. L’un d’eux, spécialisé dans les services financiers, a confié à la ministre que cette expérience dissuaderait tout investissement futur au Togo. « Une telle situation, où un Africain se voit refuser l’entrée dans un pays africain, ne se produirait jamais si un Européen devait faire de même dans l’Union européenne », a-t-il souligné.

L’ironie est cinglante : pour être accueilli à Lomé, mieux vaut arborer un passeport européen que son propre passeport africain. Une réalité qui interroge sur l’égalité de traitement entre citoyens ordinaires et investisseurs.

L’aéroport de Lomé, miroir des contradictions africaines

Alors que le Togo se présente comme un hub logistique et financier en Afrique de l’Ouest, cet incident révèle une faille majeure : les visas imposés aux Africains freinent les flux d’investissements. Les procédures frontalières, souvent désuètes, sabotent l’image du pays en temps réel, sous les yeux des décideurs économiques.

Le message est clair : un Africain entre plus facilement dans un pays africain avec un passeport européen qu’avec son propre passeport régional. Une aberration qui met en lumière le décalage entre les discours politiques et les pratiques administratives.

48 heures pour sauver l’image du Togo

Face à cette situation, le président Faure Gnassingbé a choisi une réponse immédiate et sans détour. Conscient que l’incident risquait de ternir l’image du forum et du pays, il a ordonné une résolution express : le ministre de la Sécurité dispose de 48 heures pour corriger cette anomalie.

Le compte à rebours est lancé. D’ici la clôture du forum, les services de l’immigration togolais devront prouver leur capacité à appliquer les principes de libre circulation, sous le regard scrutateur des observateurs africains et internationaux présents à Lomé.

Ce forum, qui promettait de lever les barrières non tarifaires à l’investissement, aura au moins servi à rappeler une évidence : un projet économique ambitieux peut parfois se jouer sur un détail administratif.

ZLECAf : entre promesses et réalités

Les réactions des participants n’ont pas tardé. Un économiste ivoirien présent sur place a résumé la situation : « Ce genre d’incident est un signal d’alerte : sans libre circulation des personnes, la ZLECAf reste une coquille vide. »

Un entrepreneur ghanéen a renchéri : « Si nous devons brandir un passeport européen pour investir en Afrique, alors l’intégration n’est qu’un slogan. »

L’affaire dépasse le simple incident. Elle révèle les contradictions profondes de l’intégration africaine. La ZLECAf, avec son marché unique de 1,4 milliard de consommateurs et un PIB cumulé de 3 400 milliards de dollars, reste fragilisée par des pratiques administratives qui sapent sa crédibilité.

Les prochaines étapes sont désormais sous les projecteurs : harmonisation des règles de visas, digitalisation des procédures frontalières, et surtout, une volonté politique ferme pour aligner les discours sur les réalités. À Lomé, l’Afrique a appris qu’un tampon mal apposé peut coûter des millions en investissements.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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