Ashoka buildcon se positionne sur le grand contournement de Yaoundé
Le Cameroun franchit une étape décisive dans la réalisation de son ambitieux projet de contournement de Yaoundé. Le groupe indien Ashoka Buildcon Limited s’est positionné sur ce chantier pharaonique, évalué à plus de 1 260 milliards de FCFA hors taxes. Une proposition intégrée, alliant conception, construction et montage financier, a été officiellement soumise au ministère de l’Habitat et du Développement urbain, maître d’ouvrage du projet.
Vinit Chitale, en charge du développement commercial international pour Ashoka Buildcon, a exposé lors de l’audience une stratégie basée sur le modèle EPC (Engineering, Procurement and Construction). Ce dispositif permet à un unique opérateur de piloter l’ensemble du cycle du projet, de l’ingénierie à la livraison finale. La société indienne a également souligné sa volonté d’accompagner le gouvernement camerounais dans la mobilisation des ressources financières, un enjeu crucial alors que les besoins en financement restent partiellement couverts.
une infrastructure de 90 kilomètres pour fluidifier la capitale camerounaise
Le tracé du contournement de Yaoundé s’étendra sur 90,54 kilomètres en configuration 2 × 2 voies, traversant les départements du Mfoundi, de la Lékié, de la Mefou-et-Afamba et de la Mefou-et-Akono. Ce corridor routier, conçu pour absorber un trafic massif, pourrait à terme évoluer vers une voie express ou intégrer un système de transport collectif dédié. Le parcours se structure en quatre segments distincts : Mbankomo-Nkolméyang, Nkolméyang-Nkozoa, Nkozoa-Minkoameyos et Minkoameyos-Mbankomo.
Le projet prévoit seize échangeurs, des ouvrages d’art variés et des aménagements hydrauliques pour garantir la sécurité et la durabilité de l’infrastructure. Selon les dernières estimations officielles, la composante strictement routière représente un investissement de 794,7 milliards de FCFA hors taxes. À cela s’ajoute la viabilisation de quatre pôles urbains stratégiques situés à Mbankomo, Mfou, Soa et Okola, pour un coût additionnel de 469 milliards de FCFA. Le budget global atteint ainsi 1 263,7 milliards de FCFA hors taxes.
Ces chiffres révèlent l’ampleur de l’engagement financier : près de 8,8 milliards de FCFA par kilomètre pour la seule infrastructure routière. En incluant les aménagements urbains associés, le coût s’élève à environ 14 milliards de FCFA par kilomètre, positionnant ce projet parmi les plus onéreux jamais initiés en Afrique centrale.
le tronçon T3, cœur stratégique du projet
Face aux contraintes budgétaires, les autorités camerounaises ont identifié le tronçon T3 comme priorité absolue. Cette section de 22,8 kilomètres relie Nkozoa, sur la route nationale n°1, à Minkoameyos, à proximité de l’autoroute Yaoundé-Douala. Son rôle est déterminant : il doit capter une part majeure du trafic de transit avant son arrivée dans la capitale, soulageant ainsi les axes centraux déjà saturés.
L’Union européenne et la Banque européenne d’investissement (BEI) ont déjà marqué leur intérêt pour ce segment. Cependant, leur participation définitive dépend de la résolution de plusieurs conditions techniques, environnementales et sociales. Parmi ces exigences figurent les indemnisations des riverains, les études d’impact environnemental et la finalisation du Plan d’action de réinstallation. C’est dans ce contexte que l’offre d’Ashoka Buildcon pourrait apporter une valeur ajoutée significative, élargissant les options disponibles pour Yaoundé.
Plusieurs incertitudes persistent néanmoins. La nature exacte du contrat envisagé, les modalités financières, les garanties demandées à l’État camerounais et l’articulation entre le financement européen et l’apport indien restent à préciser. Une synergie entre fonds concessionnels européens et investissements indiens sur les autres tronçons pourrait constituer une piste innovante.
ashoka buildcon, un géant indien des infrastructures
Ashoka Buildcon Limited s’impose comme l’un des leaders indiens dans le domaine des infrastructures routières. Le groupe maîtrise plusieurs modèles contractuels : EPC, partenariats public-privé, BOT (Build-Operate-Transfer) et le Hybrid Annuity Model, où l’État indien finance une partie de l’investissement et l’opérateur rembourse le solde via des annuités. Outre les routes, l’entreprise intervient également dans les secteurs de l’énergie, du ferroviaire et du bâtiment.
Pour le gouvernement camerounais, l’attrait d’un partenaire comme Ashoka Buildcon réside dans sa capacité à proposer une solution globale, combinant expertise technique et ingénierie financière. Toutefois, aucune décision d’attribution n’a encore été prise. Cette initiative s’inscrit davantage comme une manifestation d’intérêt dans un projet dont la maturité technique contraste avec les retards persistants dans la finalisation du financement. La concrétisation de ce chantier, après des années de préparation, constituera l’épreuve décisive pour Yaoundé. Alors que la recherche de partenaires se poursuit activement, l’arrivée de ce groupe international pourrait accélérer le processus.