Abidjan, hub incontournable pour le Sahel malgré les tensions régionales
Le Port autonome d’Abidjan a officialisé le renforcement de ses partenariats économiques avec Ouagadougou, Bamako et Niamey, une démarche stratégique pour solidifier son rôle de plateforme logistique majeure en Afrique de l’Ouest. Malgré le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO en début d’année 2024, cette initiative confirme l’attractivité persistante du port ivoirien auprès des pays sahéliens enclavés.
Une performance logistique exceptionnelle en 2025
Avec une hausse de 16 % de son trafic global enregistrée en 2025, le Port autonome d’Abidjan confirme sa domination régionale. Cette croissance reflète l’efficacité des échanges commerciaux vers les pays sahéliens, lesquels, privés d’accès maritime, dépendent largement de ce hub pour leurs importations et exportations. Le port traite désormais une part prépondérante des flux destinés au Burkina Faso, au Mali et au Niger, renforçant ainsi son leadership face à ses concurrents directs comme Lomé et Cotonou.
Les autorités portuaires ont engagé des investissements massifs pour adapter les infrastructures aux volumes croissants et optimiser la gestion des escales. Ces efforts positionnent Abidjan comme le premier port francophone d’Afrique de l’Ouest, une place qui se consolide année après année.
Un corridor innovant pour relier Abidjan à Bamako
Dès avril 2025, un nouveau corridor commercial multimodal a été lancé entre Abidjan et Bamako, via le port sec de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso. Ce projet, porté par le groupe Africa Global Logistics, combine transport routier et ferroviaire pour accélérer le transit des marchandises vers le Mali. Une avancée majeure pour fluidifier les échanges et réduire les coûts logistiques.
Le gouvernement burkinabè a alloué près de 200 milliards de francs CFA dans son budget 2026 pour rénover l’axe routier reliant Ouagadougou à Bobo-Dioulasso. Ces travaux visent à améliorer les délais de transit et à renforcer la compétitivité des opérateurs maliens et burkinabè, tout en sécurisant la chaîne logistique.
La digitalisation des procédures douanières au service des échanges
Depuis le 31 mars 2025, la Côte d’Ivoire a supprimé les visas douaniers physiques pour le transit vers le Mali et le Burkina Faso. Cette réforme s’accompagne du déploiement du système SIGMAT, entièrement numérisé et interconnecté avec les douanes burkinabè, pour garantir une traçabilité optimale et réduire les délais de dédouanement.
Cette modernisation permet aux acteurs économiques de traiter leurs déclarations en ligne, éliminant ainsi les files d’attente aux frontières. Une avancée significative dans le cadre des réformes douanières ivoiriennes, conçue pour dynamiser les échanges et renforcer l’attractivité du pays.
La Côte d’Ivoire, locomotive économique de l’UEMOA
En tant que première économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la Côte d’Ivoire mise sur ses infrastructures portuaires pour conserver son rôle central dans le commerce régional. Le pays dispose de deux pôles majeurs : Abidjan, dédié au trafic conteneurisé et aux marchandises en transit vers le Sahel, et San Pedro, spécialisé dans l’exportation de cacao et de bois.
Les Pays-Bas ont annoncé en avril 2025 un financement de 196 milliards de francs CFA pour moderniser les ports d’Abidjan et de San Pedro. Parallèlement, le groupe belge Sea Invest investit pour porter la capacité de traitement des ports ivoiriens à 11 millions de tonnes dès 2026, un objectif ambitieux pour soutenir la croissance régionale.
Un enjeu vital pour les pays sahéliens enclavés
Pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger, l’accès aux ports de la côte atlantique reste un pilier stratégique. Ces trois nations, dépourvues de littoral, dépendent des corridors commerciaux traversant la Côte d’Ivoire, le Bénin ou le Togo pour leurs approvisionnements en produits pétroliers, denrées alimentaires et équipements industriels.
Le retrait des États du Sahel de la CEDEAO en janvier 2024 avait suscité des interrogations sur la pérennité des flux commerciaux. Cependant, les initiatives du Port d’Abidjan démontrent une volonté de maintenir, voire d’amplifier, les échanges, indépendamment des évolutions politiques. La Côte d’Ivoire mise sur des tarifs compétitifs et des procédures simplifiées pour conserver son avantage face aux ports béninois et togolais.