200 millions de la banque mondiale au togog : pari risqué ou investissement prometteur ?

C’est la nouvelle qui agite les cercles économiques à Lomé : la Banque mondiale a donné son feu vert à un décaissement de 200 millions de dollars pour moderniser les infrastructures de transport et relancer le chemin de fer togolais. Dans les discours officiels, on évoque un Togo en passe de devenir un « hub logistique incontournable » pour la sous-région. Mais derrière les annonces triomphales, une interrogation persiste : comment une institution financière de premier plan peut-elle engager une somme aussi colossale dans un pays où la gestion des deniers publics laisse souvent à désirer ? En injectant des centaines de millions dans un État aux pratiques budgétaires discutables, la Banque mondiale pourrait bien financer une nouvelle chimère.

Le chemin de fer : une promesse séduisante mais un lourd passif

Le projet phare consiste à remettre en état la ligne ferroviaire qui relie le Port autonome de Lomé à la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA). Sur le papier, l’idée de transférer le fret de la route vers le rail pour désengorger la capitale paraît judicieuse. Mais dans la réalité togolaise, le secteur ferroviaire est un champ de ruines : des décennies de négligence, un entretien quasi inexistant et des décisions politiques à courte vue ont eu raison de ce réseau. Confier la réalisation de chantiers aussi délicats à l’administration locale relève d’un pari risqué. Le pays est régulièrement critiqué pour la lenteur de ses réformes et le manque d’efficacité de ses investissements publics. Débloquer 200 millions de dollars sans s’assurer que les compétences, la transparence et la rigueur nécessaires sont en place, c’est prendre un pari sur l’avenir qui pourrait se révéler coûteux.

Hub logistique ou gouffre financier ?

Le Togo ambitionne de devenir la porte d’entrée de l’hinterland sahélien. Mais le corridor Lomé-Ouagadougou-Niamey est loin d’être un modèle d’efficacité : lourdeurs administratives, tracasseries douanières et une corruption endémique freinent les opérateurs économiques. Le Port de Lomé, malgré des performances techniques indéniables, est régulièrement éclaboussé par des scandales de corruption et des arrangements douteux qui montrent à quel point les circuits financiers sont fragiles. Injecter des fonds dans les infrastructures sans assainir le climat des affaires ne changera rien. Tant que le népotisme et l’absence de renouveau politique bloqueront les institutions, l’argent des bailleurs servira d’abord à alimenter des réseaux de clientèle avant de profiter à l’économie réelle. En ne conditionnant pas ses aides à une lutte sans merci contre les détournements, la communauté internationale se rend complice de l’immobilisme économique du pays.

Une générosité qui interroge

Cette manne soudaine de la Banque mondiale soulève des questions sur ses propres critères d’évaluation. Comment justifier un tel chèque en blanc alors que le pays est confronté à des urgences sociales criantes – santé, éducation, accès à l’eau – qui sont largement négligées dans le budget national ? Le régime de Faure Gnassingbé excelle dans l’art de monter des projets « vitrines » pour séduire les partenaires internationaux, tout en maintenant le pays dans une fragilité structurelle. Ce programme de 200 millions ne fera qu’alourdir la dette, tant morale que financière, sans garantie de retour sur investissement pour la population. Si le Togo veut être pris au sérieux, il doit d’abord prouver sa capacité à gérer ses ressources avec transparence. En attendant, ce financement ressemble fort à un chèque en blanc signé à un régime qui a fait de la captation des ressources une méthode de gouvernement.