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Ouagadougou : la pénurie de bière, symptôme d’un marché sous forte pression

Publié le 25 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

À Ouagadougou, une activité aussi simple que partager une bière entre amis après une journée de travail est devenue une véritable épreuve. Depuis plusieurs mois, les linéaires des points de vente se vident avec une rapidité déconcertante, les réserves s’amenuisent et les tarifs ne cessent de progresser. Cette situation engendre un mécontentement croissant parmi les consommateurs et fragilise l’ensemble d’une chaîne économique.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Dans un établissement de la capitale burkinabè, Emmanuel Somda s’apprête à retrouver ses proches pour un instant de détente. Cependant, l’atmosphère n’est plus la même. Sa bière favorite, la Brakina, est désormais difficile à se procurer.

« Lorsque la Brakina est introuvable, je me tourne vers la Sobbra. Mais aujourd’hui, même la Sobbra est souvent absente. Auparavant, une bière coûtait entre 600 et 650 francs CFA. Désormais, certaines bouteilles atteignent 750 francs CFA », exprime-t-il avec regret.

Ce constat se vérifie dans de nombreux quartiers de Ouagadougou. La raréfaction de la bière impacte autant les consommateurs que les commerçants. Pour une grande partie des Burkinabè, cette augmentation des prix s’ajoute à un contexte déjà difficile, marqué par l’accroissement du coût de la vie, une pression sur le pouvoir d’achat et des défis économiques liés à l’insécurité persistante dans certaines régions du pays.

Les établissements de loisirs en difficulté

Les premiers à subir les répercussions de cette conjoncture sont les gérants de maquis et de débits de boissons. Les ventes connaissent un déclin, la clientèle exprime son insatisfaction et plusieurs établissements observent une diminution de leur fréquentation.

Nathalie Zongo, qui dirige un débit de boissons, témoigne d’une baisse significative de son activité :

« Aujourd’hui, s’approvisionner en bière est devenu un véritable casse-tête. La Castel, que nous vendions à 900 francs CFA, est maintenant proposée à 1 000 francs. La Sobbra est passée de 600 à parfois 750 francs CFA. Les clients protestent, et certains s’en vont sans consommer. »

Au-delà des chiffres, cette pénurie affecte directement les revenus des petits commerçants. Dans un pays où les maquis constituent une source majeure d’emplois et d’activités économiques informelles, la diminution des ventes se traduit immédiatement par une réduction des bénéfices et une fragilisation des acteurs de ce secteur.

La distribution sous haute tension

La situation génère également des frictions entre les exploitants d’établissements et les distributeurs. Les quantités livrées sont considérablement inférieures aux besoins habituels.

Plusieurs professionnels du secteur rapportent que des établissements qui recevaient auparavant une quinzaine de caisses par jour peinent désormais à en obtenir quatre ou cinq. Les entrepôts et dépôts sont contraints de rationner les stocks disponibles afin de pouvoir servir le plus grand nombre de clients.

« Chaque matin, nous distribuons une ou deux caisses par établissement. Les gérants reviennent le lendemain dans l’espoir d’obtenir davantage. Les échanges sont souvent tendus, et les malentendus se multiplient », confie le responsable d’une importante cave de la capitale.

Cette dynamique engendre un déséquilibre classique entre une offre insuffisante et une demande qui continue de croître. Dans ce cadre, les prix augmentent de manière quasi-mécanique, même si les producteurs affirment n’avoir pas officiellement revu leurs barèmes tarifaires.

La Brakina conteste une diminution de sa production

Face aux multiples interrogations, la Brakina a finalement pris la parole. Dans un communiqué émis le 23 juin, le principal brasseur du Burkina Faso a formellement démenti toute baisse de sa production.

L’entreprise attribue les difficultés observées sur le marché à une forte croissance de la demande enregistrée depuis le début de l’année. Elle maintient par ailleurs n’avoir procédé à aucune augmentation officielle de ses prix de vente.

Cette explication ne parvient toutefois pas à convaincre l’ensemble des consommateurs. En effet, quelle que soit la cause avancée, la réalité sur le terrain demeure inchangée : les stocks sont insuffisants et les prix pratiqués dans les points de vente ont significativement augmenté.

De nombreux observateurs soulignent que lorsque la demande progresse plus rapidement que les capacités de production et de distribution, les pénuries deviennent inéluctables. Ce phénomène est d’autant plus marqué lorsqu’un acteur dominant du marché, tel que la Brakina, concentre une part prépondérante de la consommation nationale.

Une amélioration différée

La société a annoncé des investissements visant à augmenter ses capacités de production. Elle précise néanmoins que les effets de ces initiatives ne seront perceptibles que dans les années à venir.

En attendant, les consommateurs devront composer avec des rayons approvisionnés de manière irrégulière et des tarifs qui continuent leur ascension. Cette pénurie met en évidence les limites actuelles de l’appareil productif face à une demande en expansion, mais aussi la vulnérabilité d’un secteur dont dépendent des milliers de commerçants et de travailleurs.

Pour l’heure, à Ouagadougou, dénicher sa marque de bière préférée est devenu un privilège. Et tant que l’équilibre entre l’offre et la demande ne sera pas rétabli, la pression sur les prix risque de persister, au détriment du consommateur final.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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