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Togo : comment faure gnassingbé maintient son emprise malgré les institutions

Publié le 18 août 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

L’interpellation, en quelques jours seulement, de deux ressortissants français dans le nord du Togo a projeté une lumière crue sur les dérives du système politique togolais. Mis en examen ce lundi, ces individus ont vu leur avenir scellé par une instruction directement émanant de la présidence togolaise. Selon plusieurs sources concordantes, le président Faure Gnassingbé aurait expressément demandé à son ministre de la Justice, Pacôme Adjourouvi, de « ne céder à aucune pression extérieure ».

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Un pouvoir aux commandes d’un État en crise institutionnelle

Au-delà de l’aspect diplomatique de cette affaire, l’incident révèle une réalité bien plus préoccupante : l’effritement structurel de la gouvernance au Togo. La question qui se pose désormais avec acuité est celle de l’autorité réelle et de la légitimité qui l’accompagne. Comment un système prétendant respecter l’État de droit peut-il en arriver à une telle concentration des pouvoirs ?

La réponse réside dans une réforme constitutionnelle audacieuse, si ce n’est controversée, orchestrée en 2024 par le régime actuel. En s’appropriant le titre de « président du Conseil » tout en plaçant un président de la République à titre uniquement symbolique, le pouvoir a franchi une ligne rouge. Cette disposition, unique en son genre, a transformé le Togo en un laboratoire d’institutions sur mesure.

Une Constitution réécrite au service d’un pouvoir personnel

La révision constitutionnelle de 2024 a acté la métamorphose du régime togolais : d’un système présidentiel classique, le pays est passé à une configuration qualifiée de « parlementaire ». Cependant, loin de s’inscrire dans une logique de partage des responsabilités, cette réforme a abouti à une centralisation sans précédent du pouvoir.

Désormais, le chef de l’État togolais, Jean-Lucien Savi de Tové, n’exerce plus qu’une fonction honorifique. En contrepartie, le président du Conseil, une nouvelle fonction créée de toutes pièces et occupée par Faure Gnassingbé depuis le 3 mai 2025, concentre entre ses mains l’intégralité du pouvoir exécutif. Qu’il s’agisse de la définition des orientations politiques, de la gestion des forces armées, des nominations aux postes clés ou encore de la représentation diplomatique, tout émane désormais de cette seule autorité.

  • Un mandat illimité : Contrairement à la Constitution de 1992, qui limitait à deux le nombre de mandats présidentiels, la nouvelle architecture permet une gouvernance ad vitam æternam. Le président du Conseil, issu du parti majoritaire à l’Assemblée nationale, bénéficie d’un pouvoir sans contrepoids.

  • Une majorité acquise sans concurrence : Avec 108 sièges sur 113 détenus par l’UNIR après les législatives de 2024 marquées par un boycott massif de l’opposition, la victoire était prévisible. Ce n’est plus une alternance démocratique, mais une entreprise de conservation dynastique sous une bannière institutionnelle.

Une justice aux ordres : l’arbitraire comme méthode de gouvernance

L’affaire impliquant les deux journalistes français (Sébastien Perez Pezzani et Gaël Mocaër), arrêtés alors qu’ils réalisaient un reportage pour France Télévisions, n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une logique systémique où les services de renseignement et le ministère de la Justice agissent sous directives présidentielles. L’instruction de « ne céder à aucune pression » illustre une chaîne de commandement qui annihile toute velléité d’indépendance judiciaire.

Cette instrumentalisation du droit n’est pas récente. Elle s’observe dans la répression des manifestations de juin 2025, dans les poursuites contre les opposants ou encore dans le traitement des dossiers sensibles. Le système judiciaire devient ainsi un simple rouage au service du pouvoir, où la justice s’adapte aux besoins du moment.

Une légitimité contestée et un contrat social en péril

Qui gouverne réellement au Togo ? La réponse est sans ambiguïté : un homme qui, depuis 2005, a cumulé les mandats et réécrit les règles pour les conserver. Aucun référendum n’a été organisé pour valider cette transformation institutionnelle. Les élections législatives de 2024 se sont déroulées dans un climat de rejet et d’abstention massive, tandis que le Sénat, dont un tiers des membres est nommé par le président du Conseil, renforce encore le contrôle vertical du pouvoir.

Cette configuration n’a plus rien d’une transition politique : c’est une perpétuation du pouvoir personnel, masquée derrière une façade institutionnelle. Les titres changent, les formalités s’accumulent, mais le centre décisionnel reste inchangé. Faure Gnassingbé, désormais président du Conseil, cumule les fonctions de chef de la majorité, chef des armées et décideur suprême.

Un régime au bord du gouffre institutionnel

Lorsque l’arbitraire l’emporte sur le droit, lorsque les institutions deviennent des coquilles vides et que la justice se soumet aux consignes politiques, le contrat social se fissure irrémédiablement. Le Togo n’est plus confronté à une simple polémique constitutionnelle : il subit une gouvernance qui a délibérément choisi de s’affranchir de tout cadre républicain stable et prévisible.

La question n’est plus tant de savoir qui dirige le pays, mais surtout jusqu’à quand un tel système pourra perdurer sans être balayé par les contradictions internes ou l’exaspération populaire.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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