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Tchad : les vendeuses ambulantes, indépendance au prix des rêves d’enfants

Publié le 15 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Au Tchad, l’autonomie des femmes défie les rues et fragilise l’avenir des enfants

Dans les artères animées des villes tchadiennes, une armée de femmes s’affirme jour après jour. Leurs bassines débordantes de produits frais ou artisanaux rythment les déplacements de N’Djamena à Moundou, en passant par Abéché. Entre les cris de vente et la poussière des trottoirs, leur détermination redessine le visage économique du pays. Pourtant, derrière cette ascension silencieuse se cache une réalité moins glorieuse : celle d’enfants livrés à eux-mêmes, sacrifiés sur l’autel d’une indépendance chèrement acquise.

Écoutez cet articleEnviron 5 min
Marchés tchadiens : l'équilibre fragile entre autonomie féminine et enfance sacrifiée

Des rues transformées en terrain de survie

À l’aube, lorsque le soleil commence à chauffer l’air, des silhouettes féminines émergent des ruelles. Leurs paniers, leurs plateaux ou leurs bassines deviennent des extensions de leur corps. Les produits s’étalent : mangues juteuses, beignets croustillants, tissus aux couleurs chatoyantes. Leurs voix, portées par le vent, se mêlent aux klaxons des motos et aux éclats de rire des enfants qui jouent à cache-cache entre les étals.

Aïcha, la trentaine, incarne cette nouvelle génération de commerçantes. Depuis des années, elle arpente les marchés de N’Djamena avec sa fille sur le dos, une bassine d’arachides grillées à la main. « Avant, je dépendais de mon mari. Aujourd’hui, je vends, je négocie, je décide », confie-t-elle en essuyant la sueur de son front. À quelques mètres, Fanta, les mains noircies par la fumée, fait griller des galettes sur un foyer rudimentaire. Son fils de cinq ans, pieds nus dans la terre, s’amuse avec un déchet en plastique, indifférent au vacarme ambiant.

Ces femmes, autrefois cantonnées aux tâches domestiques, ont pris d’assaut les espaces publics. Leur combat pour l’autonomie se paie en heures interminables, en fatigue accumulée, et surtout, en une enfance volée à leurs propres enfants.

Les enfants, invisibles victimes de l’indépendance maternelle

Derrière chaque femme marchande se profile une cohorte d’enfants, exposés aux mêmes dangers que leurs mères. Certains, comme le garçon de sept ans croisé à Abéché, portent des seaux d’eau ou mendient quelques pièces. D’autres, plus jeunes, traînent dans la poussière, inhalant la fumée des braseros ou dormant à moitié éveillés sous des charges trop lourdes pour leurs frêles épaules.

L’école n’est qu’un lointain souvenir pour beaucoup. Les salles de classe, déjà rares et sous-financées, sont remplacées par des allées poussiéreuses où l’on apprend à survivre. Un père de famille rencontré dans un marché explique : « Ma femme ne peut pas rester à la maison. Si elle ne vend pas, nous ne mangeons pas ce soir. » Son regard se porte alors vers son enfant, assis sur un sac de mil, la tête penchée vers un bâton qu’il fait tourner entre ses doigts.

Les conséquences sont multiples : scolarisation abandonnée, santé précaire due à la malnutrition ou aux maladies respiratoires, et surtout, une enfance volée. Ces enfants, bien que présents physiquement, sont souvent absents des radars des autorités. Leur détresse se fond dans le paysage urbain, comme une ombre portée par l’essor économique des mères.

Un équilibre précaire entre progrès et sacrifice

L’essor des vendeuses ambulantes au Tchad est un phénomène complexe. D’un côté, il symbolise l’émancipation des femmes, leur capacité à subvenir aux besoins de leur foyer et à s’affirmer dans une société encore très patriarcale. De l’autre, il révèle les limites d’un système où l’autonomie des mères se construit sur l’exploitation des enfants.

Les solutions existent, mais elles peinent à émerger. Des initiatives locales tentent d’encadrer ces pratiques, en proposant des formations ou en sensibilisant les familles. Pourtant, le manque de moyens et la précarité ambiante freinent ces efforts. Comment concilier indépendance féminine et protection de l’enfance dans un pays où la survie quotidienne prime sur tout le reste ?

Les rues du Tchad continuent de bruisser sous les cris des vendeuses, les rires des enfants et le grondement des moteurs. Entre ces murs invisibles que sont les attentes sociales et les réalités économiques, une question persiste : jusqu’à quand ce fragile équilibre pourra-t-il tenir ?

Par Zara Hassane — Grand reporter

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