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Sud-Kivu : MSF en première ligne face à la crise sanitaire et aux déplacés en République démocratique du Congo

Publié le 4 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Sud-Kivu : MSF en première ligne face à la crise sanitaire et aux déplacés en République démocratique du Congo

À l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la province du Sud-Kivu fait face à une urgence humanitaire alarmante. La ville de Baraka, en particulier, est le théâtre d’une insécurité chronique, exacerbée par les conflits armés et des infrastructures routières dégradées, ce qui entrave considérablement l’accès aux services de santé. Devant l’ampleur des nécessités, un renforcement immédiat de l’aide médicale et humanitaire est impératif, car l’assistance actuelle reste largement insuffisante. Médecins Sans Frontières (MSF) compte parmi les rares organisations présentes et actives sur le terrain pour soutenir les communautés éprouvées.

Écoutez cet articleEnviron 8 min

L’intensification des conflits et ses conséquences sur les déplacements de population

Les violences incessantes impliquant les Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et l’Alliance Fleuve Congo (AFC)/M23, ainsi que leurs groupes alliés dans les Hauts plateaux de Fizi, ravivent des tensions intercommunautaires profondément enracinées. Cette montée en puissance des hostilités a engendré de vastes mouvements de population. La région compte désormais près de cinq millions d’individus déracinés, dont 1,9 million répartis entre le Sud-Kivu et le Maniema.

Faute d’infrastructures d’accueil appropriées, la grande majorité des déplacés a trouvé refuge auprès de familles d’accueil ou au sein de sites de déplacés comme celui de Monge Monge. L’accès aux ressources vitales telles que l’eau, l’alimentation et les services de santé primaires reste un défi majeur pour l’ensemble des habitants, qu’ils soient résidents ou déplacés.

Coût et éloignement : des barrières infranchissables pour l’accès aux soins

Les affrontements continus dans la région ont privé d’innombrables familles déplacées de leurs moyens de subsistance. En réponse à cette détresse, MSF ajuste son approche et intensifie son soutien médical aux populations touchées par ces violences.

Ikupe Roger, sexagénaire, a été contraint de quitter son foyer il y a dix-huit mois pour fuir les hostilités. « Quand les combats ont éclaté, j’ai dû partir avec ma femme et nos huit enfants pour échapper à la mort », témoigne-t-il. « Ma principale préoccupation est de pouvoir demeurer à Baraka, malgré l’environnement violent et précaire. Avant l’intervention de MSF, l’accès aux soins était quasi inexistant. Dépenser plus de 100 000 francs congolais pour un traitement est tout simplement impossible pour nous. » Pour nourrir sa famille, il dépend de l’agriculture, de la pêche et d’un modeste élevage de volailles. Malgré ces efforts acharnés, leur quotidien reste d’une extrême fragilité.

« Dépourvues de ressources, beaucoup de personnes ne peuvent plus assumer les frais de transport ni même accéder aux services de santé essentiels », précise Gianpietro Campedelli, coordinateur de projet pour MSF à Baraka. Par conséquent, des patients arrivent souvent dans les centres de santé dans un état de dégradation avancée, parfois trop tard pour que des soins salvateurs puissent être efficaces.

Les populations civiles, cibles des violences lors de leurs déplacements

Outre les blessures infligées directement par les combats, de nombreux civils endurent également des traumatismes physiques et psychologiques résultant d’agressions subies durant leur exode, en particulier lorsqu’ils traversent des régions particulièrement dangereuses.

Fatou, une femme de quarante ans, a trouvé refuge auprès d’une famille d’accueil à Mwandiga. Elle a dû quitter son village de Makobola précipitamment. « Durant notre fuite, j’ai été violentée par des hommes armés. Nous avons également été dépouillés de tous nos biens. À notre départ, le village était désert, et tout ce que nous avions laissé derrière a été pillé », confie-t-elle avec douleur.

MSF renforce le système de santé face aux épidémies et à l’afflux de blessés

Les infrastructures de santé à Baraka sont simultanément confrontées à l’arrivée massive de blessés de guerre, à des épidémies récurrentes de choléra et à une recrudescence préoccupante du paludisme. Submergées par cette convergence d’urgences, les structures médicales peinent à assurer une réponse adéquate.

Pour faire face à ces défis urgents, entre janvier et avril 2026, MSF a mis en œuvre les actions suivantes :

  • Fourni un appui essentiel à l’hôpital général de référence de Baraka par des approvisionnements médicaux et logistiques, ainsi que par des sessions de formation continue pour le personnel soignant, afin d’améliorer la prise en charge des blessés ;
  • Assuré la couverture des frais de traitement pour les patients transférés souffrant de pathologies graves, notamment les formes sévères de paludisme, les infections respiratoires aiguës et les maladies diarrhéiques ;
  • Soutenu sept centres de soins communautaires pour une détection précoce des cas de paludisme, de pneumonie et de diarrhée.

 

Au total, 26 234 patients ont bénéficié de soins, incluant 426 blessés de guerre, 16 574 cas de paludisme, 2 953 cas de diarrhées et 3 832 cas de pneumonies.

Nos équipes ont également joué un rôle clé dans la lutte contre les épidémies :

  • 1 002 patients atteints de choléra ont été traités au Centre de Traitement du Choléra (CTC) de Baraka, avec le soutien de MSF, depuis le mois de janvier ;
  • Distribution ciblée de kits d’hygiène ;
  • Mise en place de points de chloration de l’eau et réparation de pompes manuelles à Baraka, Mwangaza et Mushimbakye ;
  • Distribution de 488 kits de produits de première nécessité (savon, couvertures, assiettes et moustiquaires) dans le camp de Monge Monge, ainsi que de kits d’hygiène féminine à 870 femmes résidant dans le même camp.

La nécessité d’une mobilisation humanitaire plus vaste

À l’heure actuelle, les équipes de MSF orientent leurs actions vers la santé reproductive et l’accompagnement des survivantes de violences sexuelles au centre de santé de Baraka, tout en maintenant leurs initiatives en matière d’eau, d’hygiène et d’assainissement au sein du camp de déplacés de Monge Monge.

Néanmoins, la gravité de la situation persiste. Malgré les efforts déployés, les besoins humanitaires excèdent de loin les capacités d’intervention actuelles. « L’engagement de MSF, bien qu’essentiel, ne peut à lui seul répondre à l’intégralité des besoins. Une implication accrue des autres organisations humanitaires est cruciale pour soutenir des populations qui demeurent extrêmement vulnérables sur les plans sanitaire et social », affirme Gianpietro Campedelli en conclusion.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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